‹ Les péchés mignonsChapitre 44 sur 115 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

l'autel et sous la bénédiction du prêtre. Jetais sans fortune, et le vicomte pouvait prétendre aux partis les plus brillants. Il y renonça... Oui, j"ai eu ce jour de triomphe. Dieu m'a punie par l'orgueil que j'en ai ressenti ; et cependant, vous le dirai-je? le souvenir de ce jour splendide rayonne encore sur la nuit qui m'enveloppe et me laisse voir comme un fantôme le bonheur qui m'a fui.

31. de Brionne passa son mouclioir sur son front trempé de sueur, et refoula un nouveau soupir prêt à lui échapper. Madame deRavenstein remarqua l'émotion de son compagnon de voyage, et tressaillit à son tour. Après un court silence elle continua :

— Si M. de Fontac consentit à m'épouser pauvre comme j'étais, c'est qu'avant tout il lui fallait satisfaire la passion que je lui avais inspirée. Cet homme a une volonté terrible qui ne recule devant aucun obstacle ; il payerait de tout son sang une vengeance, et de toute sa fortune un caprice.

<[ Enfin, le grand jour arriva; quel jour de fête, Seigneur Dieu ! Mon père était ivre de joie, il riait et pleurait ; il serrait ses deux enfants contre son cœur, et se croyait rajeuni de trente ans. Mon mari ne se démentit pas un instant; sous la chaîne de fleurs qui nous unissait , je le trouvai tel qu'il m'était apparu dans mes rêves. Thérèse et sa famille jouissaient sincèrement du bonheur 1. 9

98 LES PÉCHÉS MICKONS.

que le ciel semblait renvoyer à ma maison déchue.

<t M. de Fontac avait raclieté le château de Ravenstein , et nous nous y étions installés aussitôt après la cérémonie nuptiale. Cette surprise, faite à mon vieux père avec une délicatesse recherchée, me fît voir dans mon mari l'ange (jue je devais adorer après Dieu.

<t Nous étions à la fin de l'hiver , les buissons commençaient à bourgeonner, et les oiseaux essayaient leurs ailes et leurs gosiers. M. de Fontac me proposa de passer l'année à Herlisheim, et ce fut avec ravissement que j'acceptai cette offre. Thérèse, ma compagne chérie, venait souvent me voir, et ses visites devinrent insensiblement si fréquentes, qu'elle était beaucoup plus au château que chez elle. Cette observation, je l'ai faite bien tard et lorsqu'il n'était plus temps de la mettre à profit, si ce n'est j)Our en retirer la preuve de ma honte et de mon désespoir.

<t Nous n'avions pas atteint l'automne que j'étais maîtresse du secret des deux coupables, mais sans avoir toutefois les preuves du crime. Oh ! mon père, comment exprimer les angoisses de la femme légitime et vertueuse qui se voit trahie par celui dont elle a fait son idole , et par celle dont elle avait fait son ainie? Comment dé})cindre le vide affreux qui se découvre sous elle , quand l'amour et l'amitié, ces deux sentiments sacrés,

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