CHAPITRE V
l'abandonnent à la fois en déchirant son cœur? Et j'ai passé par toutes ces angoisses ! Pendant trois mois, j'ai eu la certitude de mon infortune, et j'ai cherché pendant trois mois l'occasion de flétrir les infâmes, mais ils avaient pour eux l'audace, la ruse et la dissimulation. Le mensonge ne leur coûtait rien, ils s'en faisaient honneur et gloire; chose étrange !
u Dans ce château, abri de tant de vertus autrefois, régnait alors l'astuce la plus infernale. D'un côté, M. de Fontac et sa complice mettaient en jeu toute fourberie pour nous tromper, mon père et moi, tandis que je me joignais à mon père pour déjouer leurs plans et éventer leurs projets. Si bien que nous étions tous plongés dans un dédale de tromperies, de linesses, de mensonges à faire rougir Judas, l'apôtre maudit !
<c Après dix mois de mariage, je mis au monde un pauvre enfant que je ne croyais jamais pouvoir porter à terme, tant je souffrais du fond du cœur au fond de mes entrailles. A quelques jours de là, ma délivrance fut complète, car les vœux que j'adressais au ciel depuis trois mois furent exaucés.
t( Couchée dans mon lit de repos, qu'entouraient mon mari, mon père, Thérèse et deux gardes , je cédai à un affaiblissement subit et m'endormis en tenant enti'e mes bras le fils chéri
que Dieu, dans sa pitié, venait de me donner. Mon père avait fait rouler son fauteuil à mon chevet, et le noble vieillard, épuisé par les fatigues morales qu'il avait essuyées dans la journée, ferma mes rideaux, renversa sa tète sur les coussins de son siège, et ne tarda pas à raïmiter. Thérèse renvoya les gardes qui, ayant besoin de repos, ne se firent pas prier, et bientôt le silence le plus profond régna dans ma cliambre ; cette chambre était voisine de celle de M. de Fontac, un seul cabinet les séparait. Mon sommeil ne fut pas moins lourd que d'habitude , des songes hideux le tra^ ersèrent, et je m'éveillai bientôt. Jetant un regard autour de moi, je ne vis que mon père et jnon enfant, tous les deux endormis ; l'un tenait ma main , l'autre mon sein. Thérèse et M. de Fontac avaient disparu.
'( Je deuieurai muette et immobile , retenant mon souffle à m'étoulfcr. Tout à coup un bruit de voix me fit tressaillir ; mais ces voix étaient si basses , et les mots prononcés l'étiiient à de si grands intcr\ ailes, que je ne pouvais rien définir. Jamais sauvage écoutant les bruits de la plaine, la joue posée contre terre, n'a mis à saisir les sons qui vibrent à son oreille les soins et l'intelligence dont je lis preuve dans cette occasion. De même que la vue se fait à l'obscurité et triomphe peu à peu des ténèbres, l'ouic se développa chez moi