CHAPITRE V
rés par une même douleur , se suivirent de près dans la tombe , et les cendres de mon père n'étaient pas encore refroidies que la cloche funèbre d'Herlisheim annonçait le deuil dune pauvre veuve , dès ce jour réduite à une affreuse pauvreté...
— Mon enfant , interrompit Tabbé , qui avait prêté une religieuse attention au douloureux récit de madame de Ravensîein, vous ne me parlez pas des adieux que dut vous faire votre père ; ou je me tromperais fort sur la noblesse de son caractère que j'ai sans doute justement apprécié, ou il a dû vous laisser des paroles de paix et de...
— Pardon, certainement oui! il me répéta plusieurs fois que je ne devais plus me souvenir d'un homme qui ne m'était rien, puisque la loi avait brisé tous nos liens; il m'exhorta comme vous, au nom du Christ, à dédaigner linjure qui retombait tout entière sur le criminel; il attira mon oreille sur ses lèvres que glaçait presque lagonie, et y glissa ces mots qui trahissaient de trop justes soupçons : u Ma fdle, maintenant que tu as repris mon nom, je te quitte avec la confiance que tu le respecteras en chassant de ton cœur tout souvenir de M. de Fontac; tu ne lui garderas ni haine ni amour, car il doit être mort pour toi. »
— Eh bien ! dit Tabbé, qu'avez-vous répondu à ces sages volontés ?
— Je n"ai répondu que par des larmes ; avant que j'eusse pu fornuder ma pensée, mon père éprouvait les convulsions qui Font emporté.
— Faites-moi donc la réponse que vous aviez préparée pour lui. Du ciel on entend tout.
— Hélas! mon père, ma bouche eût trompé le pauvre mourant.
— Eh quoi! votre ànie serait-elle encore ouverte à la haine ?
— A la haine, oui, à une haine implacable et à un sentiment plus terrible encore !
— Expliquez-vous, vous m'effrayez !...
— Cette àme, dont les blessures ne se fermeront jamais, se nourrit à la fois de haine et d'amour.
— Je ne conq^^ends pas, nuirmura le chanoine atterré, ou plutôt je crains de comprendre tout à fait.
■ — Ma mère était Espagnole, et tout son sang s'est révolté dans mes veines... Je hais cette femme qui est là devant nous et qui a causé mon désespoir ; je la hais avec horreur ! et je suis assez lâche pour aimer encore l'homme qu'elle a détourné de ses devoirs et qui a empoisonné ma vie; oui, je l'aime à travers le mépris dont je le couvre et la honte dont il m'a si odieusement enveloppée...
— Assez!... interrompit sévèrement M. de Brionne, assez ! vous blasphémez !