‹ Les péchés mignonsChapitre 48 sur 115 · CHAPITRE V. Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. Î

— Mon père, reprit madame de Ravenstein, vous êtes un serviteur de Dieu; vous ne pouvez connaître les souffrances que j'endure, voilà poui^quoi vous n'excusez pas mes ressentiments, et ne comprenez pas les horribles violences et les penchants bizarres de la passion qui me dévore. Votre belle àme est plus souvent aux pieds du Seigneur que sur cette terre de douleurs; vous ne pouvez que me blâmer, et cependant !...

— Qui vous a dit, pauvre femme, que j"aie été de tout temps à Tabri du malheur?. .. répondit labbé d'une voix chagrine et douce. Ceux que la grâce touche dès le berceau ne sont pas des hommes, ce sont des anges... Que cette grâce soit avec vous ! . . .

Il y avait dans ces humbles paroles et dans la voix qui les prononçait une résignation et un accent si suaves, et tant de consolation, que madame de Ravenstein éprouva un ébranlement dans tout son être. Elle regarda M. de Rrionne avec étonnement, et s'aperçut seulement alors, à la lueur blafarde des lanternes de la voiture, du changement qu'avaient subi les traits ordinairement si placides de l'abbé. Son visage réjoui était devenu pâle; ses yeux évitaient la lumière; et brillaient comme dans un accès de fièvre; son corps semblait accablé et se soutenait avec peine.

— Vous ne m'avez pas dit ce que devinrent

106 LES PÉCHÉS MIGÎVOSS.

M. de Fontac et mademoiselle Thérèse pendant votre procès et depuis votre divorce? demanda le chanoine après quelques moments de silence.

— M. Keller avait chassé sa fille indigne du toit paternel, et elle s'était enfuie avec M. de Fontac, qui Taurait épousée, si la loi, dans sa juste sévérité, n'avait interdit le mariage entre complices.

— La coupable passion de M. de Fontac pour cette malheureuse fille était donc aussi tenace que violente?

— Dieu a mis le châtiment dans le crime; mais, hélas ! ce châtiment retombe sur moi ; car M. de Fontac vit sous l'empire de cette femme dissolue, comme un esclave sous lœil d'un maître despote. Il l'aime, il en est fou , et elle le gouverne à sa guise, le châtiant ou le caressant à son gré. Quelquefois il secoue sa chaîne, et, revenant aux instincts de son naturel, il oublie son tyran pour courir à de nouveaux caprices. Sa maîtresse, alors, trop habile pour s'opposer de front à des volontés qui seraient impétueuses et pourraient la détrôner, lui laisse toute liberté, attend patiemment que l'infidèle soit lassé, et lorsqu'elle prévoit, avec un art merveilleux, la fin d'un nouveau règne , elle se pose en souveraine et punit sans pitié son sujet révolté. Jamais cette femme sans cœur n'adressa un reproche à son amant,

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