CHAPITRE V
fàme , cet homme est trop grand pour se vendre purement et simplement. Il aura trouvé belle la jeune cloîtrée qu'on lui a offerte; il aura trouvé du piquant dans cette aventure nouvelle, et les conseils de ses amis débauchés auront fait le reste; car ces amis si parfaits seront ravis de pouvoir puiser à pleines mains dans son immense fortune acquise par un contrat, et gaspillée en peu de temps comme son patrimoine. Quelques mois après la mort de M. Relier, Thérèse, que sa mère avait accueillie pendant Tune des froideurs de son amant , tant il y a de miséricorde dans le cœur maternel, mit au monde une fille, et, sitôt après ses rclevailles, sur un avis de M. de Fontac, elle s'évada de nouveau et ne reparut plus à Herlisheim, où elle avait laissé son enfant.
— Avez-vous supporté avec courage la présence de votre ennemie à Herlisheim ?
— Je m'étais retirée à Berlin à la mort de mon père, de graves intérêts m'appelant dans cette ville ; j'eus donc à remercier le ciel de ne m'avoir pas mise en face de mon bourreau.
— Qu'est devenu ce pauvre petit être abandonné?
— Il doit exister, c'est une fille qui, dit-on, promet d'être aussi belle que sa mère... Dieu la protégera sans doute, en l'appelant à lui, si son cœur contient le germe de ces vices qui
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ont empoisonné ma vie ! Elle s'appelle Hélène.
— Hélène ! sécria l'abbé , quoi ! cette charmante petite fille que j'ai vue hier, si douce et si mignonne ?
— C'est elle.
— Mais madame Keller m"a dit être sa mère , et m'a caché...
— Sa honte, on le comprend. M. de Fontac a envoyé chaque année à Herlisheim une somme quelconque pour subvenir à l'entretien de sa fille ; mais madame Keller a , chaque année , renvoyé cet argent à sa source impure. La pauvre femme, plongée dans un affreux dénùment, a soutenu un procès qui est venu lui arracher son dernier morceau de pain en l'obligeant à faire le voyage de Paris. Ce procès n'a aucun rapport à Thistoire qui nous occupe, et je n'en connais pas bien l'origine. Thérèse n'est pas revenue h Herlisheim depuis 4814; elle a cependant fait le tour de l'Europe avec son amant magnifique. On parle de sa beauté comme d'une merveille. Les jeunes gens le plus à la mode n'ont pas assez d'encens à lui jeter. Elle a l'esprit d'un ange et l'âme d'un démon.
— Est-elle au moins fidèle à M. de Fontac?
— On la dit inaccessible à toute séduction. Oui, celte femme qui a bu toute honte, et qui passe effrontément partout, n'a d'amour que