CHAPITRE V
pour celui qu'elle tient enchaîné à ses genoux.
— Et croyez-vous que , concentrant les accès de jalousie que doivent lui inspirer les infidélités de cet esclave, elle puisse apprendre sans trouble et sans fureur le mariaae de M. de Fontac?
— Non certes ; elle redoutera des liens légitimes ; car elle craindra de se heurter à la volonté de M. de Fontac qui n'osera peut-être pas affronter , deux fois et à la face du monde , le scandale d'une nouvelle séparation. Je crois donc que, maîtresse du secret du vicomte , elle ferait tout pour combattre ses pi'ojets. J'avais pensé à cette femme avant de venir à vous, mais il répugnait à ma délicatesse et à ma fierté d'avoir une si vile créature à mon service.
— Et vous avez bien fait... Serait-il indiscret de vous demander par quel heureux retour de fortune vous vous trouvez dans l'aisance où je vous vois?
— L'un de mes oncles, qui avait beaucoup négligé mon père avant mon mariage, mourut à Berlin quelques jours après le jugement qui prononçait mon divorce, et me laissa toute sa fortune, espérant par là apporter quelques adoucissements à mon chagrin. Je n'ai pas gardé un denier de la dot que m'avait reconnue mon mari. La fortune dont je jouis est considérable ; elle mettra mon fils à même de ne rien devoir à son
père, qui ne s'est d'ailleurs jamais occupé de lui.
— Eh quoi ! mauvais père aussi ?
— Je devine que sa maîtresse l'aura adroitement et obstinément détourné de son enfant, dans la crainte d'un retour qui lui eût été funeste.
— Et comment se fait-il que le jeune Faust, fils de madame Keller, m'avez-vous dit, soit à votre service ?
— La livrée qu'il porte est un déguisement, le métier qu'il fait n'est pas le sien ; cette histoire , un peu longue, se rattache à celle de madame de Certènes, que j'ai le temps de vous raconter d'ici à la première poste. Il faut bien que je vous dise aussi à quel heureux hasard je dois de vous connaître, mon bon père.
— Oui : mais ce sera pour plus tard , car le moment d'agir est venu.
— Je suis à vos ordres.
— Vous voulez m'aider à sauver mademoiselle de Verneuil, n'cst-il pas vrai?
— C'est mon désir, c'est mon devoir en sœur chrétienne.
— Consentez-vous à vous laisser guider par moi en tout et pour tout?
• — En tout et pour tout.
— Etes-vous parfaitement sûre de la discrétion et du zèle de Faust?
— J'en réponds.