‹ Les péchés mignonsChapitre 52 sur 115 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

— Vous me promettez de nouveau de ne reculer devant aucune de mes propositions ?

— J'en fais serment.

— Veuillez tirer le cordon, s'il vous plaît. Madame de Ravenstein obéit aussitôt, et Faust

se pencha vers Tune des portières.

— Arrêtez, dit M. de Brionne, et descendez. Le postillon arrêta ses chevaux, qui marchaient

mollement.

— Mon ami, dit l'abbé au jeune Alsacien, suivons-nous de près la voiture qui nous a dépassés en quittant Paris?

— Oui, monsieur, elle est à cinq minutes tout au plus ; nous entendons souvent les grelots.

— Sommes-nous loin d'un relais?

— Nous y arrivons.

— Aussitôt que nous aurons dépassé le prochain relais, vous ferez fouetter ferme, afin de joindre cette voiture qui est à quatre places , je crois.

— C'est un landau.

— Et quand vous serez en mesure de la couper, vous la couperez ; puis, profitant du ralentissement de l'attelage, vous sauterez à la bride des chevaux et arrêterez court. Il va sans dire que vous aurez prévenu notre postillon, et que vous donnerez deux louis à celui que vous aurez arrêté, ainsi qu'au nôtre,

iO.

— C'est entendu, répondit résolument le jeune homme, qui consultait madame de Ravenstein du regard pendant que l'abbé parlait.

— Madame, veuillez remettre un peu dor à cet honnête garçon ; vous m'avez tellement pris à l'improviste , que je n"ai pas six deniers dans ma poche.

— Faust a tout ce qu'il lui faut, répondit madame de Ravenstein.

— Vous direz au postillon de la voiture en question que vos maîtres ont rencontré une connaissance, et veulent lui parler; s'il ne se fâche pas, vous viendrez ouvrir la portière de ladite voiture, et celle de la nôtre.

— Et s'il se fâche ?

— Vous tiendrez les chevaux la main haute et ferme.

— Soyez tranquille.

— Allez , mon garçon , soyez persuadé que je ne vous fais pas commettre une vilaine action.

Le coupé de madame de Ravenstein repartit, et les deux voyageurs qu'il portait n'échangèrent pas un mot jusqu'au relais. Chacun d'eux était absorbé par ses réllexions.

Aussitôt que les nouveaux chevaux furent attelés, ils se précipitèrent à la voix du postillon, qui fit claquer son fouet comme s'il eût conduit un enipcrcur. Bientôt le coupé quittant le pavé

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