‹ Les péchés mignonsChapitre 53 sur 115 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

pour la terre, on entendit le roulement du landau qui marchait grand train.

Au même moment, une ombre glissa sur les vitres de face du coupé. C'était Faust qui descendait de son siège et se posait tout droit sur le marchepied.

— Vous n'avez vu , comme moi , qu'une personne dans la voiture? demanda l'abbé.

— Thérèse est seule, répondit madame de Ravenstein , qui frissonnait d'impatience et d'émotion.

— A merveille , répliqua froidement le chanoine.

On entendit le galop cadencé des chevaux du landau , le coupé courant toujours sur un côté de la route. On eût dit que les deux postillons s'étaient donné le mot pour brûler le pavé; ils détalaient avec une effrayante vitesse, et celui de madame de Ravenstein jurait à faire trembler les vitres , ce dont l'abbé témoignait un grand chagrin.

Peu à peu, cependant, le coupé gagnait, et sa légèreté seule lui donnait l'avantage , car le postillon assurait que le landau marchait à quatre chevaux. Enfin, une masse noire apparut dans les ténèbres, et tout à coup les lanternes de la voiture que nos voyageurs poursuivaient jetèrent leurs rayons dans le coupé de madame de Raven-

stein, dont les chevaux donnèrent trois vigoureux coups de collier et prirent la tête.

Au moment où les deux voitures dédoublaient, l'attelage de madame de Ravenstein se jeta de côté, et le postillon du landau, se voyant traversé, poussa un épouvantable juron ; avant qu'il eût pu reprendre le galop , Faust s'élança aux rênes des chevaux de volée, et les arrêta d'un coup sec avec un poignet de fer. Les chevaux, en se cabrant sur place, enlevèrent le courageux jeune homme, qui , sans lâcher prise , retomba sur ses pieds et fit reculer le landau.

Pour l'intelligence des faits de cette histoire, il faut que nous revenions au personnage qui doit y jouer le premier rôle ; nous prions donc le lecteur de se reporter au moment où 31. de Fontac quitta Tabbé de Brionne pour monter dans son cabriolet.

Aussitôt que mademoiselle Marthe eut refermé la grille, le vicomte s'élança légèrement dans sa voiture , prit les rênes , et dès que le domestique fut installé à son côté , le cheval , qui partit au grand trot, remonta la rue jusqu'au Luxembourg et descendit rapidement la rue de Tournon.

Alors le colloque suivant s'établit entre le maître et le laquais.

— Vous devez être gelé, Antoine?

— De fait, la nuit est rude ; mais on a vu plus dur que ça... et puis je ne suis pas resté longtemps les bras eroisés.

— Je le devine, si vous avez été partout.

- — Oui, M. le vicomte, partout, et un peu vite... C'est un crâne cheval que ce normand ; nous n'en avons pas eu de sa force depuis que je suis au service de monsieur. . . Voyez comme il nous enlève.

— C'est vrai, Philip ne m"a pas volé. Il aura eu une distraction... Ainsi vous avez été chez madame de Certènes?

— Oui, monsieur; la femme de chambre de madame la baronne , à qui j'ai remis la lettre , est revenue me dire: u Très-bien! )> ni plus ni moins, et j'ai attendu une demi-heure avant de pouvoir emporter ces deux mots.

— C'est la seule réponse que je désirais avoir. En sortant de chez madame de Certènes, vous êtes allé rue Saint-George?

— Oui, monsieur ; j'ai dit à madame que vous étiez retenu pour affaires <•( que vous ne tarderiez pas à arriver.

— Bien. Y avait-il déjà du monde?

— Je n'ai vu que trois ou quatre voitures devant la porte.

— Enfin, dit le vicomte après une pause et avec

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