CHAPITRE VI
bouffonne sur les cheveux blondasses du père Fumeron. Disons, en passant, que parmi ces cheveux blonds, si l'on trouve un cheveu blanc, à coup sûr on n'en saurait trouver deux. Et cependant, M. Cantelou est âgé de cinquante à cinquante-cinq ans, qu'il porte vertement.
La pièce envahie par 31. de Fontac avait la forme d'un pentagone ; les murs était blanchis à la chaux; trois chaises de cuisine dont Tune perdait paille, un vieux fauteuil Louis XV dont lutrecht antique était rapiécé avec du drap garance, un grand bureau à cylindre en bois de chêne, armé d'excellentes serrures , verrouillé comme une porte de prison et lourd conmie une bombarde, un méchant lit sans rideaux, un morceau de glace sans cadre, une immense carte routière de France et de Navarre avec gîtes détape, collée à la muraille; une énorme armoire en chêne comme on en voit dans tous les ménages de fermiers; une cheminée en tout temps sans feu, une cruche pleine d'eau, et une veilleuse tremblotante pour toute lumière, tels étaient les meubles de cette chambre, située sous les combles d'une maison qui rapportait, bon an, mal an, au père Fumeron , son propriétaire , une somme ronde de douze mille francs, tous frais payés.
M. Cantelou est Normand, et voici son histoire, si ce qu'on nous en a dit est vrai : son père
130 1,ES PÉCHÉS MIGNOîTS,
était un roulier des environs de Valognes en Normandie, qui, en 91, se fit conimissionner pour traîner quelques pièces de canon à Tarmée du Nord. A cette époque, nos lecteurs savent ou apprendront que le corps du train dartillerie n'étant pas créé, nos canons étaient menés à l'ennemi par entreprise. On imagine combien ce système devait être ruineux pour l'Etat et profitable aux entrepreneurs ; chaque campagne faisait la fortune de ces bons citoyens, et l'ex-roulier ne se fit pas faute d'empocher. II s'en acquitta même avec tant de zèle, que, dès 93, on le trouva assez riche pour lui faire rendre gorge en lui coupant le cou. Le fils Cantelou , qui était en 92 dans l'âge des passions, et menait bon train les écus de son vertueux père , se vit arrêté tout à coup dans sa joyeuse existence, d'abord par les saisies de la meilleure des républiques, puis par une juste frayeur de la charrette nationale. Son plan fut bientôt conçu et il l'exécuta sans délai. Ramassant tout ce que son père avait laissé de monnaie et d'assignats, il fit acheter sous main des biens d'émigrés, et affecta, quant à lui, de mener une vie de gueux. Jamais avare ne fut plus serré dans sa dépense que le jeune Cantelou ; ses plaisirs, sa nourriture , son logement, son costume auraient tout au plus suffi à un anachorète. Il s'était placé chez un négociant , où sa ponctualité , sa belle