‹ Les péchés mignonsChapitre 60 sur 115 · CHAPITRE vr · texte numérisé non relu

CHAPITRE vr

— Lodeur du suif m'incommode, et n'ayant pas le moyen d'acheter une lampe qui me serait bien utile, je m'éclaire avec celte veilleuse. Ah ! rhiver est une triste saison !

— M. Cantelou, puisque j'ai troublé votre sommeil, je ne consentirai pas à être longtemps indiscret, et je n'abuserai pas de votre nuit.

— Abusez, M. le vicomte, abusez, je me mets à vos ordres... Mais avant, veuillez vous asseoir, s'il vous plaît.

— Merci ! merci ! mordieu ! je vous demanderai, au contraire, la permission de vous parler en marchant , il faut être d'airain pour ne pas figer sur place dans vos appartements.

Le père Fumcron laissa tomber un sourire vaniteux sur ses membres grêles , s'assit dans son fauteuil et roula ses pouces. Dans cette pose, on Teût volontiers pris pour un singe.

— Mon domestique est passé chez vous dans la soirée, à ce qu'il m'a dit? continua M. de Fontac.

— Mais oui, monsieur, j'ai eu l'honneur de le recevoir.

— Et il vous a remis une lettre de ma part ? Le père Fumeron hocha la tête du haut en bas,

et baissa les yeux d'un air tartufe.

— Cette lettre contenait un billet à ordre...

— Et j'ai eu l'avantage ou plutôt le chagrin 1. 12

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de VOUS retourner l'une et l'autre, interrompit le négociant.

— Les voici, repartit le vicomte en ouvrant un portefeuille, j'espère bien que vous allez reprendre ce billet, et me compter les vingt mille francs dont j'ai besoin.

— Vingt mille francs, marmotta le petit liomme, vingt mille francs ! . . .

Puis il fit un sourire qui menaça ses oreilles, grâce à la dimension formidable de sa bouche.

— Quand je vous dis qu'il me faut ces vingt mille francs, c'est qu'il me les faut, et sans barguigner davantage... Allons, mettez la clef au coffre ; je devrais être déjà parti.

— Ah çà! monsieur, dit d'une voix atrocement criarde le négociant , me prenez-vous pour un faux monnayeur, par hasard? et pensez-vous que ma misérable retraite puisse, exprès pour vous, se meubler comme les caves de la Banque de France?

— Écoutez-moi, mon cher M. Cantelou, et ne me faites pas répéter ce que je vais vous dire, parce que j'ai peu de temps à perdre. Je vous vois aujourd'hui pour la première fois , mais je vous connais depuis longtemps, et l'opinion que je m'étais faite sur votre compte n'était pas exagérée ; j'en ai acquis la certitude par mes yeux. Vous êtes riche comme un nabab.

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