‹ Les péchés mignonsChapitre 63 sur 115 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

— Je VOUS ai demande quarante mille francs, ce me semble?... dit le vicomte. Tenez, savezvouslire?

Et il lui montra une obligation de cinquante mille francs; puis, comme l'usurier tournait et retournait son portefeuille, les larmes aux yeux, le vicomte le lui arracha des mains, y fouilla, éparpilla sur le bureau toutes les valeurs qu'il contenait, compléta les quarante billets de mille francs dont il avait besoin, et sortit de la chambre sans jeter un coup dœil au malheureux Cantelou qui s'était évanoui.

Se débarrassant des obséquieuses politesses qui l'attendaient au quatrième étage, le vicomte descendit les marches quatre à quatre, et se jeta dans son cabriolet.

— Où va monsieur? demanda Antoine.

— Rue Saint-George.

Après dix minutes, le cabriolet du Aicomte s'arrêta devant une belle maison de la rue Saint- George ; deux fdes de voitures de maître tenaient le pavé. M. de Fontac, le pied sur le seuil delà maison, dit à son domestique :

— Il est deux heures cinq ; dans une heure, barrière d'Enfer avec le briska, prêt à marcher. Les chevaux en votre nom, n'oubliez pas cette précaution.

Le vicomte s'élança sur le tapis d'un bel esca-

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lier inondé de lumière, orné d'arbustes et de fleurs, chargé de jeunes femmes et de jeunes cavaliers qui le gravissaient ou le descendaient, suivis de livrées éclatantes.

Il y avait grand rout cette nuit-là chez Thérèse Keller; rout complet, non pas dans l'acception aristocratique de ce mot, passé du vocabulaire anglais dans le nôtre, mais dans le plus haut style de cette jeunesse affamée de luxe et de plaisir, qui s'endort quand le soleil se lève et s'éveille quand le soleil se couche. Thérèse Keller était arrivée de Berlin dans la matinée, et, huit jours avant de quitter l'Allemagne, elle avait adressé des invitations, afin de solennisersa prise d'hiver, à tout ce que Paris contenait de raffiné, de clinquant, de merveilleux et de renommé.

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<( La vicomtesse a rhonneur de vous inviter à son rout du 4 7 décembre.

« On soupera.

« Rue Saint-George, 20, à Paris.

<< Berlin, 9 décembre 1818. »

Telles étaient la formule et la contexture des lettres d'invitation qui amenèrent, dans les salons de Thérèse , dès onze heures de nuit , cinquante jeunes femmes d'une éclatante beauté, et environ soixante cavaliers du choix le plus exquis.

Avant de dessiner les principaux traits de cette société originale, avant de lire sur le front de ces femmes parées de diamants et de velours , avant de nous mêler à ces groupes d'élégants qui se croisent, s'entraînent, se dispersent, se rejoignent et ne s'envoient que des sourires, hâtons-nous d'achever le portrait de Thérèse Relier, que le lecteur connaîtrait imparfaitement si nous lui laissions les seuls renseignements de madame de Ravenstein.

Thérèse n'est connue à Paris que sous le nom de la vicomtesse. On devine l'origine de ce titre. L'amie ingrate de mademoiselle de Ravenstein, la complice criminelle de M. de Fontac, ne pouvant épouser son amant , dédaigne de porter illégalement son nom, et se contente et se fait gloire du simple titre de vicomtesse que ses connaissances ,

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