CHAPITRE VII
ses amis, ses rivales, ses adorateurs, que son monde, enfin , lui a décerné d'une seule voix.
Et en vérité, quelle tête couronnée, reine, duchesse , marquise , comtesse ou baronne , semble plus digne de ses fleurons que celle de cette belle jeune fille, lopprobre de sa famille, la gloire du démon ? Laideur morale , beauté physique ! Laideur par tous les vices , beauté idéale par toutes les perfections !
Jalousie impétueuse ou rampante et dissimulée, haine impitoyable, finesse et fourberie, ingratitude et méchanceté, amour de panthère et coquetterie vaporeuse, orgueil, insolence, le cœur de cette femme renferme tout cela : la gangrène, en le rongeant, n'y a laissé que des plaies !
Chose étrange ! Thérèse Keller, qui a tous les mauvais instincts , et qui livre son âme aux passions les plus désordonnées, nourrit cette àme d'une vertu tellement rare , qu'elle est lapanage des honnêtes femmes. Elle n'a aimé qu'une fois, d'un amour adultère il est vrai ; mais dans le tourbillon qui emporte ses années de jeunesse et de fraîcheur, dans cette vie semée de désordres et d'impiétés , elle est demeurée fidèle à M. de Fontac , elle l'aime plus que tout ; plus que le luxe et le plaisir, plus que le jeu, la coquetterie, la méchanceté , la danse et l'orgie et la folie ; plus que le vice ! elle le préfère à tous les pimpants dandjs
qui Tont obsédée de leur opulente galanterie; elle la toujours aimé avec délire, avec fureur ; et les infidélités passagères de cet amant privilégié, tout en faisant pleurer la fière courtisane, n'ont pas lassé cet amour qui fait le triomphe du vicomte et le désespoir de ses rivaux.
Cette constance est une énigme pour le monde dissolu que hante la vicomtesse !
Thérèse est, par-dessus tout, comédienne. Il ne faut pas l'étudier longtemps pour apprécier son mérite dramatique ; elle eût brillé dans tous les rôles et sur notre première scène. Ses poses sont naturellement nobles ; son front est hautain ; sa démarche est ferme, assurée, aisée, élégante; et son visage, aussi fin que mobile, exprime avec une rapidité surprenante les émotions qui la tourmentent sans paix ni trêve.
Voyez-la, cette jeune femme, voyez-la pendant que tout son corps repose nonchalamment étendu sur un divan qui tient le milieu du salon dont elle est reine ; ses cheveux blonds, nattés à l'espagnole en trois larges tresses, mêlent leurs reflets brillants aux vives couleurs dont le tapis est semé. Cette chevelure magnifique n'est pas chargée d'ornements ; Thérèse laisse l'or, les perles et le corail aux beautés du second ordre; elle brille de son éclat naturel , et sa coquetterie ne se sert que des armes dont Satan l'a pourvue. Sa robe en lame de