CHAPITRE VII
Chine à grands ramages est d'un prix fou. Ses épaules apparaissent blanches , frémissantes , arrondies, délicates, et n'afïiclient pas cette insolente impudeur dont toute femme perdue se fait gloire. Ses bras nus semblent avoir été découpés par le ciseau d'un grand maître dans le marbre le plus pur. Un sang riche et chaud coule dans les réseaux de veines bleues ou rosées qui courent à fleur de peau, et animent cette délicieuse créature. Ses mains sont petites, eflîlées; ses pieds, perdus dans de petits souliers de moire blanche, sont trahis par des bas de soie à grands jours qui laissent voir leur blancheur satinée et leur cambrure voluptueuse.
De face ou de profil , le visage de Thérèse arrête, fixe, anime et enivre les plus froids regards; son front est sévère, rêveur, noble et pur; ses yeux bleus se chargent quelquefois d'une langueur passionnée dont ils se débarrassent, souvent pour briller d'un feu vif, pénétrant et superbe. Ses joues, ordinairement pâles, se couvrent au besoin d'une teinte purpurine qui défie la rose naissante et la vierge intimidée. Ses traits, d'une régularité irréprochable, sont dessinés à la grecque. Sa parole est affectueuse et sa voix est pleine de charme, quoique son langage n'ait pu se défaire complètement d'une prononciation étrangère. Tous les mouvements de Thérèse sont souples,
élégants; une liarmonie parfaite règne entre tous les ressorts de son être. Sa nature physique est double, elle est multiple; pour obéir au mauvais ange qui la guide et la gouverne, la vicomtesse prend toutes les formes , toutes les attitudes : colombe , elle roucoule ; lionne , elle rugit.
Les maîtres, pour flatter la beauté de leurs plus riches créations, ont soin de les entourer de personnages qui les favorisent, et la disposition des ombres, et la chaleur des tons, et la partialité du pinceau , établissent des contrastes qui font ressortir les portraits privilégiés. Mais Thérèse dédaigne cet artifice ; ses salons sont remplis d'êtres charmants. Les femmes qui composent la cour de la vicomtesse sont autant d'échantillons délicieux de cette peuplade dangereuse qui fait revivre les sirènes de la Fable. Les diamants et les fleurs viennent en aide à ces anges déchus, pour assurer leurs fatales victoires. Les costumes n'ont pas tous la sévère décence qu'affecte la vicomtesse; au contraire, ils bravent le préjugé, et montrent avec audace ce qui peut provoquer les regards novices et ranimer les cœurs blasés. Il n'est pas un coin de ces somptueux appartements où ne brûle un parfum de volupté. Les sourires, les éclats de joie, les défis, les chuchotements se croisent dans tous les sens; le jeu, la valse, la