‹ Les péchés mignonsChapitre 66 sur 115 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

causerie font tourner toutes les têtes , et mettent l'ivresse dans tous les cœurs.

Chacune de ces dames porte le titre du cavalier qui la protège. Lune est marquise, l'autre est duchesse, celle-ci baronne, celle-là financière. La plus âgée n'a pas trente ans , la moins jolie est encore belle, la plus sage est folle, folle qui gaspille les grâces de sa personne , les fleurs de son printemps, l'or de ses amants, et qui paye les heures de ses effrénés caprices de toute son éternité. Quant à ce que sont ces femmes, on le devine. La marquise est danseuse, la duchesse est choriste, la financière est actrice, la baronne n'est rien. Elles ont pour patrie l'Europe entière, Paris est leur résidence. La danseuse parle allemand, la duchesse italien, la financière anglais, l'actrice français, la baronne parle toutes les langues; chacun se comprend en parlant mal, et la pantomime vient en aide au plus embarrassé.

Les hommes sont jeunes, à l'exception de quelques-uns qui ne veulent pas vieillir. Ceux-là affectent une verdeur que trahissent leurs cheveux trop bien déguisés sous une couche d'ébène ; leur toilette a vingt ans de moins queux ; leurs façons cavalières leur attirent des dédains superbes ou sardoniques; l'or qu'ils répandent à pleines mains les soutient seul en leur procurant de honteuses bonnes fortunes. Leur parole est leste, en-

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treprenante ; dans ces fêtes qui commencent d'ordinaire par un semblant de décence et de contrainte, ils donnent toujours le signal de l'orgie, et ils se font gloire de former les enfants. Pour ces fanatiques du scandale , il n'y a rien de sacré, rien de pur ! Ils méconnaissent les douceurs de la famille , raillent la vertu des femmes , trouvent à rire partout, et ne vivent que de désordres. Méprisés de ceux-là mêmes qu'ils corrompent, ils donnent l'exemple du ridicule dans la débauche ! A ces rares exceptions près, les invités de la vicomtesse sont de beaux jeunes gens de vingtdeux à trente ans ; élégants de formes et de ton , généreux , prodigues , hardis à lancer le cerf, le loup, le sanglier, à dompter un cheval fougueux, efféminés auprès des femmes, braves et fiers l'épée 4 la main. Leur mise est du meilleur goût ; leur langage est doux, affectueux; leur conversation est vive, gaie, folâtre, spirituelle. Une politesse exquise les distingue ; une éducation aristocratique, moins la morgue, les dégage du cercle de femmes faciles qui les environne. On rencontre bien , parmi eux , quelques fats épris de leurs jolies figures et de leur luxe; mais, en général, c'est une jeunesse d'élite, et, pour la dépeindre au moral d'un seul trait, nous en appellerons à ce principe classé par elle-même au rang des axiomes :

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