‹ Les péchés mignonsChapitre 67 sur 115 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

<( Tout homme comme il faut doit être aussi <( tolérant et facile dans ses relations avec les tt femmes, qu'exigeant et difficile avec les hom- <t mes ; en un mot, il doit choisir la bonne coin- «1 pagnie dans son sexe, et fréquenter la mauvaise u dans l'autre. )>

Thérèse Kellcr avait réuni chez elle les grands maîtres de cette déplorable école. M. de Fontac manquait au complet, et, chaque fois que les laquais ouvraient la porte principale, limpatiente vicomtesse cherchait celui qui seul devait animer à ses yeux la soirée.

A l'un des bouts du divan qu'occupait Thérèse, une jeune femme au minois effronté, couverte de bijoux, le front paré dune ferronnièrc étincelante, promenait d'une main les perles de son éventail sur ses lèvres , et caressait de l'autre les soyeuses oreilles d'un petit épagneul.

Cette femme délicieusement jolie ne perdait pas un pouce de son terrain, comme on disait alors, pour exprimer que sa pose, son geste, son sourire, et ses œillades, et sa toilette, s'accordaient à merveille pour faire valoir ses séductions. Les franges de sa robe, magnifique cachemire, effleuraient à peine ses chevilles; ses bas, brodés et lamés d'or sur les côtés, couvraient un pied de Cendrillon et une jambe pleine de race; son sourire provocateur ajoutait le dernier charme à sa

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bouche, où brillaient deux rangées de perles serrées, égales, petites et brillantes. Cette femme, mignonne dans tous ses mouvements comme dans sa nonchalante attitude et la paresseuse indolence de son parler, cette femme vaporeuse et coquette valait bien, au plus bas, cent mille francs des pieds à la tète , depuis l'épingle de diamant qui traversait sa noire chevelure jusqu'au corail qui dessinait des arabesques sur ses sandales turques. Finance est son nom ; elle est Famie d'un banquier, ex-fournisseur des armées, dont elle fait crouler la fortune , qu'on dit néanmoins scandaleuse ; c'est qu'il faudrait un puits d'or et de diamants pour suffire aux caprices de mademoiselle Finance; il faudrait un puits pour que ces mains blanches, frêles et cependant infatigables, ne fussent jamais inactives, toujours remplies, toujours ouvertes.

La vicomtesse et Finance sont intimement liées d'amitié, elles ont une même fureur pour le luxe; les meubles les plus riches , les chevaux les plus chers, les voitures de prince n'ont rien qui les satisfasse entièrement. Quoique d'un genre différent, leur beauté va de pair. Thérèse est magnifique. Finance est infiniment jolie; mais dans ces deux cœurs où règne une effrayante corruption , les sentiments ne sont pas tous les mêmes. Thérèse est restée fidèle à son premier amant ; Finance

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