CHAPITRE VIII
ça doit être un bon diable. Il était coiffé d'un petit chapeau à larges ailes, voilà pourquoi j'imagine que c'est un curé.
— M. de Brionne ! murmura le vicomte.
Puis il ajouta :
— Je suis perdu ! si l'abbé parle de Marceline Relier à madame de Ravenstein, mon mariage n'aura pas lieu... De toute façon je suis perdu! Par quel hasard étrange cette rencontre a-t-elle eu lieu? Et vous croyez avoir vu madame Thérèse, Antoine?
— Je ne le crois pas , j'en suis sûr. Madame suivait de près le coupé, et naura pas tardé à le joindre.
— Je commence à deviner d'où me vient l'épingle que m'a envoyée Thérèse, pensa le vicomte. Ces deux femmes se sont donné le mot pour me perdre. Quel dédale ! et comment en sortir? Antoine , donnez vingt francs de guides aux postillons; il faut que nous dépassions ces deux voitures, il le faut absolument!
— N'y comptez pas, monsieur; il faudrait, pour cela , voler comme un pigeon ; et puis le chemin est à tout le monde, vous ne pourriez pas empêcher ces dames de voyager.
— J'emploierai la force.
— Alors il faudra les tuer. . . et vous aimez trop madame.
1C6 r.ES PÉCHÉS MIGNONS.
— Au fait, à la grâce de Dieu ! la baronne me tirera de là, murmura M. de Fontac.
Et, essuyant son front avec le mouchoir de madame de Ravenstein , il plaça ce mouchoir sur sa joue, et s'endormit.
Comme le briska du vicomte franchissait la seconde poste , il fut croisé par une voiture qui marchait sur Paris au petit trot.
Si 31. de Fontac et son domestique eussent été éveillés , ils auraient reconnu cette voiture , qui était le landau de Thérèse Relier; et ils auraient vu, dans ce landau, une femme bâillonnée, qui semblait sous la garde d'un jeune garçon assis à ses côtés.
Cet incident nous ramenant naturellement à l'abbé de Brionne et à madame de Ravenstein, nous allons reprendre notre récit au moment où Faust s'était jeté à la bride des chevaux de Thérèse.
Cahotée par le choc, Thérèse avait froissé la lettre qu'elle tenait entre ses mains ; et, abattant l'une des vitres, elle s'écria :
— Eh bien ! sommes-nous dans la forêt de Bondy? quel est ce mauvais plaisant?... Poussez, postillon.
Rien ne bougea.
Faust vint ouvrir la portière du coupé, et M. de Brionne lui dit :