‹ Les péchés mignonsChapitre 75 sur 115 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

— Les deux voitures marcheront aussi vite que possible sans se quitter... vous, mon ami, montez derrière le landau et soyez prêt à mon premier appel. Vous, ma chère dame, demeurez en paix et tenez-vous chaudement. Ah! maintenant, mon garçon , ouvrez-moi la portière de l'autre voiture.

— Ah çà ! quelle comédie jouons-nous, postillon?... s'écria Thérèse d'une voix troublée par la fureur ; je vous ferai mettre à pied...

— Permettez-moi de me loger à vos côtés, ma belle demoiselle, dit labbé d'un ton bonhomme, il fait horriblement froid sur le pavé.

Faust, en ouvrant la portière, avait aperçu et reconnu sa sœur; son premier mouvement avait été de s'élancer; mais, modérant son impétuosité, il s'était caché de son mieux, et, la portière refermée, il s'était lestement hissé sur l'arrière-siége.

— Monsieur, je n'ai nullement Ihonneur de vous connaître, murmura Thérèse ébahie de l'étrange visite qu'elle recevait en pleine nuit dans sa voiture.

— Je ne vous en ferai, certes, aucun reproche ; quant à moi, je vous connais, et beaucoup, repartit l'abbé.

— Vous me connaissez ?

— Hélas, oui ! mais ne perdons pas le temps en vaines escarmouches ou en banales salutations...

le train dont marchent nos voitures prouve suffisamment que nous sommes également pressés d'arriver quelque part.

— Pardieu ! M. le curé, car vous me faites l'effet d'un curé, si je ne me trompe, repartit Thérèse assez gaiement et avec impertinence , vous avez deviné juste, je vais quelque part, et j'y vais aussi vite que peuvent courir ces mauvais bidets.

— Je ne suis plus curé, mademoiselle, mais je l'ai été; d'ailleurs, peu importe.

— Mais enfin qui étes-vous? On a vu des gens entrer par les fenêtres et par les cheminées ; mais il n'y a que vous, je pense, pour tomber du ciel dans ma voiture.

— Il n'y a que les voleurs, les amoureux et les ramoneurs qui puissent passer par les fenêtres et les cheminées, mademoiselle. Or, je n'ai jamais ramoné ; voleur, je ne le suis guère ; et amoureux, je ne le serai jamais. Cependant, vous avez dit une grande vérité en me croyant tombé du ciel, car je suis un homme de paix et de conciliation. Ces hommes -là viennent toujours d'en haut.

— Ma foi, mon cher monsieur, je n'ai, pour mon propre compte, aucun besoin de paix et de conciliation.

— De plus, interrompit M. de Brionne, je suis

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