‹ Les péchés mignonsChapitre 76 sur 115 · CHAPITRE Vni. 1C · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vni. 1C

chanoine honoraire de Saint-Sulpice; on m'appelle Tabbé de Brionne. Connaissez-vous quelqu'un de ce nom-là ?

— Pas le moins du monde.

— J'ose dire tant pis pour vous.

— Eh bien ! à la bonne heure, voilà qui est franc; vous êtes décidément un bon diable, à ce que je vois, et vous m'allcz faire passer l'ennui du voyage.

— Au moins pendant un bout de route.

— Je vous quitterai à regret ; que n'allonsnous au même gite !

— Hélas ! nous soinmes tous les deux partis pour arriver à même étape, cependant.

— Et vous comptez changer de direction ?

— Non, mais je crains que vous ne me laissiez en chemin.

— Je commence à avoir peur de ce fou, car c'est un fou, pensa Thérèse.

En ce moment les deux voitures touchèrent au relais , et, comme Thérèse mettait la main dans un sac d'argent pour payer le postillon, M. de Brionne la retint et lui dit :

— Ne bougez pas , mon domestique a l'œil à tout.

— Vous plaisantez, j'imagine?

— J'aime beaucoup à plaisanter, parce que la joie est la compagne de la vertu ; mais cette

nuit je dois être grave et sévère malgré moi. Les chevaux repartirent.

— Maintenant que je vous ai décliné mes nom et qualité, reprit l'abbé, vous ne serez sans doute pas fâchée, ma sœur, que je vous dise qui vous êtes?

— Je serais charmée de l'apprendre.

— Vous êtes la fille aînée de Marceline Relier, veuve d'un officier de l'empire : on vous appelle Thérèse Keller , vous vivez dans un scandaleux commerce avec le vicomte de Fontac , que vous avez ruiné de fond en comble ; vous avez du vicomte une fille dont vous ne vous occupez jamais.

— Assez, monsieur, s'écria Thérèse avec fureur, il ne sera pas dit qu'un aventurier de votre espèce s'arroge le droit de m'insulter.

— Ah ! vous vous trouvez insultée? c'est donc bien honteux tout ce que je vous ai rappelé là? ce que vous êtes vous fait donc horreur? Eh bien! écoutez-moi encore, je n'ai pas fini... Ne faites pas un geste, ne poussez pas un cri, car, je vous le répète , mon domestique est derrière nous , et vous n'avez pour vous ni la foi'ce ni le bon droit.

— ■ Je n'ai pas le bon droit, moi que vous attaquez comme un bandit?

— Le bon droit que donne Ihonneur, vous ne l'avez pas, non... car vous êtes une femme per-

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