CHAPITRE viir
race ; c'est une fille de seigneur, et non une rebelle comme vous.
— Laissez donc ! femme de cœur et de race , fille de seigneur, tout ce que vous voudrez... si elle aime, vous perdrez votre temps. Vous autres prêtres, qui étouffez dès lenlancc les cris de l'âme, et ne parvenez à vaincre la plus tyrannique des passions qu'en fuyant dans un cloître , que comprenez-vous à ce sentiment qui gouverne le monde? Rien; aussi vous en parlez en aveugles ; vos conseils peuvent-ils lutter contre les flammes dévorantes qui embrasent les jeunes cœurs? Quand l'amour fait un brave d'un poltron, un prodigue d'un avare, d'une femme vertueuse une coupable, dune jeune fille pure connne les anges une déboutée, d'une bonne mère une marâtre, vous croyez à la puissance de votre morale? vous êtes fous ! L'amour fait gagner des batailles , l'amour donne du génie , il bouleverse les empires , il est le mobile de tout. C'est en son nom que l'enfant timide se fait bomme et que le rossignol cbante le printemps. Rien ne lui résiste, pas plus l'obstacle des lois bumainesque celui de la loi divine dont vous êtes les froids apôtres !
Thérèse s'arrêta ; le souffle lui manquait ; émue, les joues enflammées , elle parlait au souvenir de sa propre vie avec une exaltation fébrile. M. de
174 LES PÉCHÉ» MIGHONS.
Brionne écoutait en silence ; on l'eût cru plongé dans un doux rêve.
Thérèse reprit :
— Mademoiselle de Verneuil a peu vu le vicomte, dites-vous ; eh ! mon Dieu ! faut-il donc le connaître longtemps, cet homme, pour laimer à en perdre la raison? Ne savez-vous pas que son regard , sa voix , son geste , magnétisent le cœur le plus insensible, et qu'il ne jette pas les femmes qu'il choisit dans ses bras, mais à ses genoux, mais à ses pieds ? Lorsqu'on le voit, on le distingue, puis on l'aime , et alors on lui appartient corps et âme ou l'on meurt. Et savez-vous que cette mort est affreuse , lente , douloureuse? On la reçoit en s'abreuvant à des sources empoisonnées qui vous altèrent en déchirant vos entrailles. La jalousie, l'espoir , la honte , la folie , le doute , sont autant de serpents qui font leur nid dans le sein de ses victimes. Le cœur et le corps subissent le même martyre , la douleur de l'âme ravive la douleur des sens ! On l'aime avec fureur, et lorsqu'on est heureuse et ficre et reine à ses côtés , on souffre encore. Voilà l'amour qu'inspire celui dont vous voulez sauver votre protégée... Vous ne réussirez pas.
— Je réussirai , répondit froidement M. de Brionne.
— Écoutez... parmi les femmes qui ont adoré