‹ Les péchés mignonsChapitre 79 sur 115 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

M. de Fontac, il en est deux dont je connais la vie entière. La première était une jeune fille fière de sa noblesse qui, pour une couronne, n'aurait pas dérogé à l'orgueil de ses ancêtres; cette jeune fille a vu, aimé et épousé M. de Fontac.

— Madame de Ravenstcin.

— Précisément. Eh bien! 31. de Fontac a trahi et outragé l'amour de sa femme vertueuse , de la mère de son fils ; il fa outragé en la frappant au cœur du plus sanglant des affronts, et la fille des hauts barons de Ravenstein...

— A châtié répoux adultère par le divorce.

— C'est vrai... mais elle n"a pas châtié et vaincu son propre cœur , car elle aime toujours , car elle aime plus que jamais l'être indigne qui lui devait, devant Dieu et la loi, une chaste fidélité.

— Si cette intéressante et faible créature aime encore son bourreau, du moins elle le lui laisse ignorer.

— Vous croyez cela ?

— J'en suis certain.

— Ah ! que vous connaissez peu le cœur humain !... Vous croyez donc bonnement que l'on peut souffrir pendant dix ans, vingt ans, et supporter jusqu'à la mort une douleur aussi vive que celle d'aimer sans espoir? Vous croyez qu'on peut céder à l'amour-propre, voir, toucher presque

celui ou celle dont le nom seul fait battre le cœur, et s'en tenir à la désolante jouissance de quelques regards dérobés, auxquels nul regard ne répond? Vous pensez quon peut assister froidement au bonheur d"une rivale et s'abriter sous sa fierté pour mourir, comme les pèlerins sous leurs capuces?... Non, mille fois non! Et pour preuve, tenez... voilà comment j"ai appris les projets de mariage du vicomte, lisez.

Thérèse donna à labbé le billet qu'elle avait soustrait à son amant. M. de Brionne s'approcha d'une lanterne et lut à haute voix :

«Ne cherchez pas à savoir d'où vient ce papier, ou plutôt interrogez votre cœur, et votre cœur vous dira que le malheur rend ingénieux. Alfred, voilà bientôt quatre ans que nous sommes étrangers l'un à l'autre ; étrangers 1 Et cependant notre enfant me demande à chaque instant son père ! Voilà quatre ans que nous ne nous aimons plus, que l'amour sacré qui devait nous suivre au tombeau s'est envolé pour faire place à de nouvelles amours chez vous, à une désolation mortelle chez moi. Tant que vous avez joui de votre indépendance en courant à vos plaisirs, mon âme, indignée, mais fière, s'est nourrie de ma douleur. Je n'ai déploré l'empire qu'a pris sur vous votre maîtresse Thérèse, que })arcc que cette femme indigne vous ruinait en même temps qu'elle vous

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