‹ Les péchés mignonsChapitre 80 sur 115 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

avilissait et étouffait en vous les germes du bien et la voix du repentir. Toutes vos passions passagères m'ont été presque indifférentes ; mais aujourd'hui je m'avoue vaincue et je m'abaisse à vous prier. Les précautions que vous avez prises pour rendre secret votre mariage n'ont pas arrêté mon active surveillance. Je sais que vous devez partir demain, cette nuit, peut-être, pour le château de Vcrneuil , près d'Artenai ; je sais que mademoiselle Marie de Vcrneuil vous y attend, qu'elle vous aime , et qu'avant quarante-huit heures vous serez son mari.

«! De grâce, Alfred, ne commettez pas cette lâcheté, non pour moi, mais pour votre fils. Il est impossible que vous aimiez mademoiselle de Vcrneuil, si rapide que soit l'inconstance de votre cœur; vous connaissez à peine cette jeune fille, dont la fortune seule peut vous séduire.

<i Dans ce cas, je suis riche, très-riche ; renoncez à cette union, et je vous assurerai la rente des deux tiers de ma fortune ; le capital reposera sur la tête de votre fils , et vous jouirez des revenus comme bon vous semblera. Epargnez, pour Dieu ! épargnez à la malheureuse créature que vous avez tant martyrisée déjà, le supplice odieux de vous savoir une compagne qu'elle jalouse aujourd'hui, qu'elle devra plaindre demain , et respecter toujours!... !>

— Cet écrit est sans signature, dit M. de Brionne après avoir lu la lettre que Thérèse lui avait donnée.

— Je connais la main qui l'a tracé, moi !... répondit Thérèse avec trouble. Mademoiselle de Ravenstein avait une amie d'enfance qu'elle chérissait.

— Cette amie d'enfance, interrompit l'abbé, s'est rendue coupable du plus odieux des crimes; je sais cette histoire, qui est la vôtre.

— Il ne vous reste donc plus rien à apprendre,

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reprit Thérèse avec impétuosité, et vous ne pouvez douter de l'invincible puissance de l'amour, instruit que vous êtes par ces deux histoires d'une femme qui, délaissée, outragée, trahie, rampe encore aux pieds de son mari parjure ; et d'une jeune fdle qui, vierge, vertueuse, élevée dans la crainte de Dieu et Ihonneur de ses pères, amie et sœur dévouée, s'est tout à coup souillée du double crime d'un amour adultère et de la plus noire des perfidies !

— Mais, malheureuse, puisque vous connaissez si bien Ihorrcur de vos péchés, votre âme appartient encore à Dieu!... Il est temps...

— Mon âme est à l'homme que j'aime... il est mon Dieu !

L'abbé tressaillit : cette impiété, proférée d'une voix ferme et avec une impudence effrontée, l'accabla... Il reprit après un court silence :

- — Puisque c'est à Satan que je parle, finissons : par devoir et par charité, je recherche les plaies de l'humanité pour les panser et les guérir ; chez aucun malade je n'en ai trouvé d'aussi hideuses , d'aussi incurables que les vôtres, et je renonce à vous sauver. Je viens donc au fait purement et simplement : voùléz-vous empêcher le: mariage du vicomte de Fontac?

— Si je le veux? Plutôt que de voir cette union, sachez, et ceci est mon dernier mot, que je ten-

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