CHAPITRE IX
Faust, après avoir échangé quelques mots avec le postillon du landau , reprit sa place sur l'arrière-siége, pendant que les chevaux de cette voiture retournaient sur Paris.
Thérèse poussa des cris furieux, et comme elle ouvrait une portière pour se précipiter sur la route, son frère, qui avait prévu ce coup de tête, se présenta brusquement, la repoussa, monta dans le landau, et s'assit à ses côtés sans dire un mot.
Thérèse , épouvantée , se rejeta dans son coin , et murmura ces mots :
— Vous ici , Faust !
Faust leva les yeux sur sa sœur, et, détournant la tête, il demeura silencieux.
— Ah çà ! mais c'est une lanterne magique, dit la courtisane.
Et, brisant deux vitres d'un coup de poing, elle poussa des cris dalarmc et de détresse.
— Taisez-vous ! dit le jeune homme d'une voix sèche et impérative.
— Allez au diable ! répondit Thérèse.
Et elle recommença son tapage.
Faust tira son mouchoir de sa poche , posa un genou sur les genoux de sa sœur, ramena ses bras en arrière et les attacha solidement, malgré ses vigoureuses résistances ; puis , dénouant sa cravate , il bâillonna cette femme , qui vomissait
184 LES PÉCHÉS MIGNOSS,
les plus violentes imprécations. Cette opération terminée, Faust prit son couteau, l'ouvrit, et ajouta ces mots à un geste terrible :
— Encore un cri, un mouvement, et je vous tue d"un seul coup !
Thérèse demeura immobile, ses yeux brillaient comme deux diamants. Faust baissa les stores. Le silence de la nuit ne fut plus troublé que par le roulement de la voiture, le galop des chevaux, et la mauvaise humeur des postillons.
— Eh bien , mon père , dit madame de Ravenstein aussitôt que 31. de Brionne se fut assis près d'elle , que s'est-il donc passé ? Où avez-vous envoyé cette femme?
— En lieu sur, et sous bonne escorte ; elle ne nous gênera pas, je vous le garantis... Quel démon ! Certes vous naviez rien exagéré.
— Où allait-elle?
— AVerneuil, mettre obstacle au mariage du vicomte; je vous demande un peu ce que serait devenue ma pauvre 3Iarie entre ces deux mauvais anges ! Je dois être seul au château , je dois seul parler à la pauvre enfant; je dois lui éviter toute rencontre qui serait pour elle outrageante et cruelle...
— Vous m'exceptez sans doute, mon père? interrompit vivement madame de Ravenstein.
— Dieu m'est témoin , ma sœur, que j'ai pour