‹ Les péchés mignonsChapitre 85 sur 115 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

coup de feu à ce consommé, et vous m'en direz des nouvelles... Dieu me pardonne! on croirait que je vous sentais venir.

L'abbc , après avoir salué madame de Ravenstein, passa au salon, savoura un bouillon de prince, prit deux verres de vin de Bordeaux, et se rendit à l'église du village.

M. de Brionne n'avait pas achevé son Credo que des douleurs violentes assaillirent ses entrailles, et que des crampes d'estomac le firent chanceler. Pâle et affaibli, il sortit de l'église en tâtonnant les murs, et fut obligé de s'appuyer au bras d'un ouvrier pour regagner la cour de l'hôtel, où il tomba évanoui. Pendant que madame de Ravenstein et les gens de la maison donnaient au malade des soins empressés, un briska entrait dans la cour. M. de Fontac en descendit, et demanda :

— Milady Stewart.

— • N" 0, milord , répondit l'aubergiste tout bouleversé de l'accident survenu à M. de Brionne.

Le vicomte s'élança sur l'escalier et frappa deux petits coups à la porte du n° 5.

La baronne de Cortcnes ouvrit, et, posant aussitôt deux doigts charmants sur ses lèvres rosées, elle commanda un absolu silence.

La porte fut fermée à double tour.

La baronne de Certènes avait près de vingt-

190 tES PÉCHÉS MIGNONS.

cinq ans ; son visage charmant était d'une angélique douceur : elle paraissait toujours dans le monde les yeux baissés , et sa timidité était gracieuse sans aucune affectation. Sa toilette riche, mais d'un goût exquis , ses manières naturelles , sa parole nonchalante et très-réservée, sa voix d'un timbre pur et doux, en faisaient une jeune femme élégante dont se paraient à Tenvi les salons d'élite. La médisance n'avait jamais attaqué la réputation de madame de Certènes ; c'est à peine si quelques jeunes gens avaient osé hasarder près d'elle quelques-unes de ces fadeurs qui, selon l'accueil qu'on leur fait, tournent du compliment à la déclaration , et de la pure galanterie à l'intrigue. Toutes les escarmouches livrées au cœur de la baronne par ces hardis aventuriers trouvèrent un ennemi aussi brave que courtois, et surtout inébranlable. Force fut aux bataillons d'avouer leur délaite et d'implorer la paix. Après quelques campagnes de ce genre , il demeura prouvé, jnanifeste, avéré, que la baronne était un roc de vertu. Les libertins s'en vengèrent en disant que c'était une femme insensible; les fats proclamèrent qu'elle avait peu d'esprit, et donnèrent pour preuve l'amour qu'elle affichait pour son mari : peu à peu, ces propos rancuniers cessèrent, et madame de Certènes fut l'une de ces glorieuses femmes dont on ne parle guère, la

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