CHAPITRE IX
renommée n'ayant pas de trompette pour le sexe féminin.
Le baron était un homme de trente ans, riche, vaniteux , inocccupé. Il avait pris du service en 18'! 5, et s'était engagé dans les capitaines, comme disaient les vieux soldats à cette époque, pour se consoler, par un sarcasme , de la faveur qui leur donnait pour chefs des cadets de famille. M. de Certènes aimait trop ses plaisirs pour mener la vie de garnison et s'assujettir aux devoirs militaires; aussi donna-t-il bientôt sa démission pour se marier et mener le train d'un grand seigneur. D'un esprit superficiel , il n'entendait qu'une chose à la vie, c'était le luxe. Ses chevaux, ses voitures, ses meutes, sa maison étaient sur un pied qui lui faisait le plus grand honneur. Intrépide cavalier , il n'enviait aucune gloire lorsqu'il avait forcé un loup ou un sanglier ; et il s'endormait sous les lauriers du chasseur, comme un général sur des trophées. Fier, à juste titre, de l'amour de sa femme, il se laissait aimer tout à son aise, sans se donner le moindre souci pour mériter les tendres soins qu'on lui rendait. Loyal à travers les nombreux écarts de sa nature , il était d'une aveugle confiance dans la vertu de sa compagne, par la seule raison que cette vertu lui avait été garantie par un contrat en bonne forme et des serments publics. Dominé, du reste, par sa femme,
le baron, sans avoir avoué son infériorité , l'avait cependant reconnue; et cet aveu, qu'il s'était fait à lui-même, lavait décidé à ne pas tenter de vains efforts pour briller dans ce lète-à-têtc de tous les jours qu'on appelle le ménage. Dans le monde, pendant que la baronne foulait aux pieds tous les hommages, le baron jouait gros jeu à l'écarté. Souvent la voix mélodieuse de madame de Certènes arrivait à l'oreille de son mari portée par une note vibrante et suivie d'un murmure flatteur.
— Savez-vous quelle est la dame qui a ce gosier de rossignol? demandait l'un des joueurs.
— Je crois que c'est ma femme, répondait le baron, fort occupé de ses cartes.
Et le temps passait ainsi, entre la bouillotte qui faisait fureur alors, la chasse à courre et une fidélité conjugale à désespérer les exploiteurs du code
31. de Certènes fit la connaissance du vicomte de Fontac aux eaux de Bade, et, par un de ces hasards qui attendent toujours les prédestinés, le vicomte et la baronne se rappelèrent que leurs familles avaient été liées de grande amitié, et qu'eux-mêmes, dans la première enfance, avaient fait maintes parties de riant souvenir.
M. de Fontac était l'homme du baron. Ce que nous avons dit de ces deux personnages laisse de-