‹ Les péchés mignonsChapitre 88 sur 115 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

se levant et glissant une main dans les deux mains tremblantes de la baronne, ici, où j'oublie le monde entier!...

— Madame de Ravenstein est là... là, derrière cette cloison.

— Encore celte femme? murmura-t-il; je ne puis faire un pas sans la voir dans mon ombre...

— De grâce, parlez plus bas... Si Ion vous sait ici, nous sommes perdus !

— Je ne tremble que pour vous, mon amie, car que m'importe, après tout, l'extravagance de madame de Ravenstein?

— Cest cependant pour vous que je crains tout!... Votre bonheur est entre les mains de cette femme.

— Mon bonheur ne peut venir que de vous, de vous seule ! . . .

— Votre mariage. . .

— Hélas! pourquoi m'y faire penser?

— N'est-ce pas l'affaire qui vous occupe le plus, et qui vous tient le plus au cœur?

— Non... ce qui m'occupe, ce qui me tient au cœur, vous ne l'ignorez pas!...

— Nous sommes convenus de ne pas dire un mot qui soit étranger à votre mariage, Alfred; c'est à cette seule condition que j'ai consenti à ce dernier téte-à-téte... aurais-je été imprudente en me fiant à votre parole?

198 LES PÉCHÉS MIGNOIVS.

— Non, calmez-vous, Clémence, je ne suis ici que votre frère.

— Eh bien ! cher frère, interrompit vivement la baronne en jetant un regard passionné au vicomte, et en lui faisant un sourire plein de coquetterie, écoutez-moi patiemment ; voici ce qui se passe.

Madame de Certcnes s'assit sur le canapé, et M. de Fontac se mit dans un fauteuil, à distance respectueuse.

— J'étais ici depuis une heure, et je venais de renvoyer ma femme de chambre, qui dormait tout debout, lorsque, voulant secouer les pensées sombres qui m'assaillaient, je m'approchai de lune de ces fenêtres. Qu'allais-je chercher là, mon ami? Vous, qui, pour mon malheur et mon bonheur, occupez sans cesse ma pensée. Je m'effrayais déjà de mon isolement, je me désespérais à vous attendre ; ma pauvre imagination effarouchée tantôt vous accusait, tantôt vous croyait en danger, et c'était souffrir horriblejuent de tous côtés. Le fouet d'un postillon chassa tout à coup mes folles terreurs ; j'entendis rouler une voiture, et je vis cette voiture entrer au galop dans la cour. Mon cœur battit violemment... Ah! Alfred, ce cœur me disait d'avance combien notre dernière entrevue doit me laisser de chagrins, et combien il m'a fallu de courage et... d'affection...

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