‹ Les péchés mignonsChapitre 89 sur 115 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

pour consentir à vous Taccorder. Je courus donc à cette porte pour l'ouvrir et vous tendre la main ; déjà mes doigts étaient posés sur la clef, lorsqu'une voix bien connue résonna dans le corridor, et me fit frissonner.

— La voix de M. l'abbé de Brionne...

— Précisément... Mais d'où savez-vous?...

— Je sais que labbé courait la poste devant moi, en compagnie de madame de Ravenstein... Antoine, mon valet de chambre, les a vus sortir de Paris. Je croyais qu'ils allaient tous deux à Verneuil...

— Comme vous dites cela froidement ! Et vous n'êtes pas épouvanté de ce coup de foudre?

— Ne suis-je pas ici à l'abri de la foudre, mon amie ? Que Tabbé et madame de Ravenstein s'entendent pourfaire rompre mon mariage, je ne demande pas mieux; je les aiderai, au besoin... Pourquoi craindrais-je l'orage quand je suis au port?... Ah! Clémence, si vous m'aimiez comme je vous aime, vous béniriez ces officieux qui, croyant me nuire, me font un pont d'or!

— Mais enfin, ce mariage, vous l'avez désiré?

— Lorsque je vous connaissais à peine.

— Vous y avez consenti, tout dernièrement encore?

— Hélas ! pour vous obéir ; vous ne le savez que trop !

La baronne baissa les yeux ; une rougeur subite colora ses joues , elle garda un instant le silence, mais ce silence ne fut pas perdu pour la coquetterie, car madame de Certènes croisa ses deux pieds Tun sur l'autre, et les posa sur un chenet de manière à nen montrer que la courbe élégante et voluptueuse.

— Nous voilà encore hors du traité, mon ami. . . j'ai mis tous mes soins à votre mariage par désintéressement et par égoïsme.

— Quand vous faites de l'esprit avec moi, Clémence, je suis perdu.

— Pourquoi donc?

— Parce que je suis toujours battu, et que votre cœur ne m'écoute plus.

— Rassurez-vous, c'est mon cœur seul qui est avec vous en ce moment. Oui, jai hâté et décidé votre mariage par générosité et par égoïsme. Vous devez me comprendre et il y a de la cruauté à m'en faire dire davantage. J'ai été généreuse en ce que j'ai donné à mademoiselle de Verneuil le seul trésor qui me fût cher ; j"ai été égoïste, car ma générosité a sauvé mon honneur, en mettant une barrière infranchissable entre vous et moi.

— Vous me permettrez de ne pas vous plaindre, Clémence, car j'ai seul perdu à ce beau et savant sacrifice. Si vous m'eussiez véritablement aimé, jamais semblable calcul ne serait sorti de

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