‹ Les péchés mignonsChapitre 90 sur 115 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

votre tête... Je suis à votre merci... Qu'entendites-vous dans ce corridor où parlait M. de Brionne ?

— L'abbé s'adressait à madame de Ravenstein, à laquelle il donnait le bras. Madame de Ravenstein entra dans l'appartement qui touche au nôtre, et l'abbé lui dit à peu près ceci : u Reposezvous, soyez en paix, je repartirai dans une demiheure, et je viendrai vous prendre demain matin au plus tard pour vous annoncer que tout est rompu et vous ramener à Paris. »

— C'en est donc fait! interrompit M. de Fontac, qui ne fut pas assez maître de lui pour étouffer cette exclamation.

— Non, mon ami, non! répondit la baronne en mordant le bord de ses lèvres ; le ciel vous protège ; tout va au gré de vos désirs. Madame de Ravenstein n'était enfermée chez elle que depuis un quart d'heure, lorsque j'entendis un grand bruit dans la cour, Tescalier et le corridor. La maison semblait troublée par un accident; on courait dans tous les sens, et, parmi les mots confus qui arrivèrent jusqu'à moi, j'entendis qu'on avait besoin d'un médecin, et qu'on en était fort pressé. Je mis l'oreille à ma serrure, et je ne tardai pas à savoir que M. de Brionne s'était évanoui en revenant de l'église, où il avait été dire ses prières. Madame de Ravenstein, dont l'apparte-

ment était prêt, céda sa chambre à l'abbé, et, comme cette cloison est fort mince, j"ai entendu tout ce qui s'est dit là sur un ton un peu élevé. Le docteur est venu; aux douleurs d'estomac, à la chaleur des entrailles, aux crampes, aux convulsions et à la soif ardente qui torturaient le malade, il a reconnu les symptômes d'un empoisonnement. Il paraît que le cher chanoine, que vous sa^ ez aimable convi\ e, aura commis quelque imprudence. Bref, on lui a fait prendre de Témétique, on Ta frictionné et on lui a ordonné le plus grand calme. Selon les probabilités les plus favorables, M. de Brionne ne se relèvera pas de cette indisposition avant trois ou quatre jours... Tout est donc pour le mieux... Vous êtes sauvé !

Pendant que la baronne parlait, M. de Fontac se sentait renaître, ses doutes se dissipaient, et un secret pressentiment a int lui prédire quil ne tarderait pas à triompher des obstacles opposés à son mariage. Libre de ses craintes, il n'en joua que mieux son rôle auprès de madame de Certènes, et ressaisit, en un instant, tous les avantages que sa fausse position lui avait fait perdre.

— Écoutons, dit la baronne, je crois qu'on parle chez nos voisins.

Le vicomte et madame de Certènes s'approchèrent de la cloison opposée à la cheminée, et entendirent distinctement ce qui suit :

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