‹ Les péchés mignonsChapitre 92 sur 115 · CHAPITRE X. SOS · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. SOS

J'ai la tête liorriblement lourde , et cependant la fièvre tombe, je le sens. Toutefois , il me serait impossible , je le crains , de me faire transporter aujourd'hui à Verneuil.

— Je ne vous le permettrais pas.

■ — Je pourrais bien, au besoin, vous prier de me remplacer dans la mission que j"ai à cœur de remplir...

— Je me mets à vos ordres.

— Non , votre présence au château nécessiterait des explications que je veux et dois éviter... Faites-moi donner de quoi écrire... ou plutôt, écrivez sous ma dictée , car c'est à peine si je pourrai signer... Y étes-vous?

- — Oui, mon père.

« Artenai, 19 décembre 1818, 9 heures du matin.

« Ma chère Marie, mon enfant, je me rendais « auprès de vous, pour obéir à vos désirs et aux « vœux de votre famille, lorsqu'une subite indisi< position m'a retenu à Artenai, c[uand je n'étais » plus qu'à dix lieues de Verneuil. J'ai de graves «1 conseils à vous donner, et de ces conseils doit <i dépendre le bonheur de votre vie entière. « Attendez-moi : retardez d'un jour ou deux » votre mariage, afin que ma bénédiction des- « cende sur votre tète avec celle du pasteur qui « vous unira. J'espère être en état de me rendre

«i demain au château. Adieu, et à bientôt, ma *i bien chère enfant! Veuillez faire mes baise- <i mains à tous les vôtres... i>

— Relisez, ma chère sœur, j'ai la tête tellement prise que je peux vous avoir dicté quelque sottise... Allons, c'est bien cela; donnez que je signe... là!... Mettez l'adresse : » A mademoiselle <c Marie de Verneuil, au château de Verneuil, <i près et par Ménil. » Qui va vous porter cela?

— Si Faust était ici !

— Oui ; mais il est mieux où je l'ai envoyé, et on ne peut être au four et au moulin... Veuillez sonner. Ah! ah! c'est vous, mon bon M. Bénard... Eh bien ! voilà de la belle besogne, n'est-ce pas? et vous avez dû croire que votre bouillon m'avait donné la mortî... Point; il était excellent, ce bouillon, excellent! excellent! Il s'agit maintenant de me faire avoir un garçon bien dégourdi ; j'ai une longue course très-pressée et très-importante à lui commander.

— Je ne peux vous enseigner personne de plus intelligent que mon fils cadet, M. l'abbé ; c'est un gaillard qui fait ses humanités au collège de Brives, qui est le pays de sa mère.

— Va pour votre fils cadet... je vais l'envoyer à Verneuil ; et si je ne me trompe, il y a d'ici là dix bonnes lieues de poste.

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