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CHAPITRE X

Et lorsque Antoine fut devant lui, le vicomte lui dit:

— 11 y a dix lieues à faire pour porter cette lettre à son adresse; je compte sur votre célérité, Antoine.

— Je les ferai aussi vite que possible, monsieur.

— Vous avez dû voir partir de cet hôtel un jeune homme monté sur un assez mauAais cheval?

— Sur une jument, il y a de cela dix minutes, oui, monsieur.

— Dans trois quarts dhcurc , vous irez à la poste, vous prendrez un bidet, et vous irez à l'adresse de ce billet à franc étrier, vous remettrez ce message, et annoncerez ma prochaine arrivée. Si l'on vous demande des nouvelles de l'abbé de Brionne, vous direz que son indisposition n'a rien eu dalarmant.

— Je comprends, monsieur.

— N'oubliez pas que je suis ici , mais ici seulement, milord Stewart.

— C'est ce que j'ai déjà répété vingt fois, monsieur.

— Très-bien. Il est huit heures, vous pouvez être à Verneuil vers midi et être de retour ici à trois heures. Je n'attendrai que vous pour repartir... Allez. Et maintenant, dit le vicomte après avoir refermé la porte à double tour, avez-vous

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autre chose à m'ordonner, Clémence?... Abusez de votre esclave, pendant qu'il est à a os pieds.

— Oui , répondit la baronne en attirant le vicomte vers la cheminée, oui, j'ai encore une grâce à lui demander.

— Laquelle?

— Il faut qu'il ait pitié d'une pauvre vaincue, et que, maître du champ de bataille, il l'abandonne.

— Je ne vous comprends pas, mon amie, dit le vicomte en s'asseyant, et baisant le bout des doigts de la jeune femme qui frémissait sous son regard.

Il se fit un silence pendant lequel madame de Certènes, se tournant à demi vers le foyer, sentit un frisson courir dans ses veines.

— Clémence, murmura le vicomte avec une émotion qui faisait trembler sa voix dont le timbre, quoique étouffé, vibrait encore plein d'harmonie, Clémence, je vous aime. Tous les moyens que vous avez employés pour vaincre ou détourner cet amour qui m'enivre n'ont fait qu'augmenter et allumer mon ivresse... Je vous aime plus que toute fortune et toute ambition ; mon avenir n"est qu'à vous. . . C'est en vain que jeme suisefforcé de combattre la passion que vous m'avez inspirée, je puise dans vos regards de nouvelles forces contre moi-même, et je repousse avec dédain tout espoir qui ne va pas vers a ous.

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