CHAPITRE X
— Taisez-vous! oh! de grâce, silence! murmura la baronne en posant ses deux mains veloutées sur la bouche de M. de Fontac qui dévora ces mains d'ardents baisers.
— Me taire! oh! non, jamais! que je sois infâme, que je sois méprisable, peu m'importe! mon excuse est en vous! Clémence, vous seule êtes mon bon ange, la femme que je chéris, la compagne que Dieu ma promise... Ordonnez, dites un seul mot, et je reste à vos genoux, et j'y oublie tous ces projets de grandeur, de richesse et de prospérité que vous avez formés pour moi, en trompant les inspirations de votre propre cœur.
— Vous vous méprenez, Alfred, c'est dans votre intérêt, c'est pour vous sauver et me sau^ er, que j'ai décidé et mené à bout ce mariage.
— Eh bien ! ce mariage ne se fera pas , car il est indigne de moi, indigne de vous, indigne de nous... Désormais nous sommes enchaînés lun à l'autre, et notre chaîne est une chaîne de fleurs.
— Ah! malheureux, s'écria la baronne à demivoix et en échappant à l'étreinte du ^icomte, ma raison s'égare... vous me perdez... mes devoirs, mon mari... mon nom, ma famille !
— Et que sont toutes ces misères? interrompit M. de Fontac en faisant un pas vers la baronne; serez-vous plus honorée parce que vous serez condamnée à nourrir une passion qui dévastera votre
212 LES PÉCHÉS MIGIVO^S.
vie, en ne vous apportant que jalousie et désespoir? Si cette passion est protégée par ma discrétion, mon dévouement, si notre amour est un mystère pour tous , si notre bonlieur est ronsaci'é par le plus respectueux silence, ne serez-vous pas toujours irréprochable aux yeux du monde?
— 3Iais devant Dieu... devant Dieu!
— Dieu, qui nous a fait marcher Tun vers l'autre, avait ses desseins ; il nous réservait, dès l'enfance, rheure damour qui vient de sonner.
— Oh ! vous blasphémez I . . .
— Clémence ! ma tcte est en feu, mon cœur ne se contient plus, je vous aime et vous m'aimez !...
— Non... je ne vous aime plus... Par pitié, de grâce... retirez-vous... Alfred, partez... Votre présence ici nous déshonore tous les deux.
La baronne se jeta aux pieds de M. de Fontac, embrassa ses genoux et le regarda d'un air suppliant à travers les grosses larmes qui roulaient dans ses cils.
— Vous ne m'aimez plus!... il est trop tard pour le dire... Je ne crois pas à cet aveu, répondit le vicomte ; ce que je vois, c'est que votre âme est dévorée par la même passion dont souffre la mienne. Vous nvaimez plus que je ne vous aime; en me donnant ce rendez-vous, un secret pressentiment vous disait que vous y oublieriez tous ces devoirs et cette vertu dont les femmes délais-