‹ Les péchés mignonsChapitre 98 sur 115 · CHAPITRE \l · texte numérisé non relu

CHAPITRE \l

sez-vous, interrompit mademoiselle de Péruse.

— Eh bien! voulez-vous savoir à qui je pense, moi?

— Je le devine, dit encore mademoiselle de Péruse en tournant la tète de tous côtés avec inquiétude.

— Je pense à mon petit-fils , à Alfred , à ce jeune et charmant cavalier que nous attendons... Dieu sait ce que cette pensée renferme de remords et de repentir ! Vous voyez bien que nous n'avons rien à reprocher, rien à envier lun à l'autre.

— Pour nos péchés, hélas !

— Toute jérémiade devient oiseuse et vaine, ma sœur, et nous avions pour maxime, quand j'avais vingt ans, de boire le vin lorsqu'il était tiré; donnez-vousla peine de raisonner, et vousavouerez que nous serions insensés de nous apitoyer sur le passé. Songeons au présent, notre avenir est si court !

— Au moins le mien ; il me semble que ma dernière heure va sonner !

— Bon ! vous voilà revenue aux idées sombres ! Dieu me pardonne, je vous tiens pour la femme la plus difficile à contenter qui soit au monde. Il y a soixante ans , c'était charmant de votre part ; il y a cinquante ans, c'était merveille; quand vous n'aviez que la quarantaine, cela pouvait valoir quelque chose; mais depuis 4780, ma mie, c'est

de rentèlement, car nous sommes bel et bien en 4818.

— En quoi me trouvez-vous difficile, mon frère? Ne suis-je pas docile à vos quatre volontés?

— Oui et non... Oui, car vous êtes bonne sœur et brave aïeule après tout... Non, parce que vous mettez un malin plaisir à me faire, du soir au matin, de nouvelles éditions du thème sempiternel de notre curé sur la mort, l'enfer, le purgatoire et le paradis! le cher homme, et vous ne sortez pas de là; ce sont les points cardinaux de votre éternité... Comme je vous le disais, songeons au plus pressé, et réglons avec cette vie avant de passer dans l'autre.

— Ne sommes-nous pas d'accord en tout et pour tout?... Pourquoi traitez-vous si légèrement les choses sacrées? Vous me faites peur !

— Hâtons-nous, Marie va probablement descendre, et il ne faut pas qu'elle assiste à notre conseil. Il est bien entendu que nous unissons nos jeunes gens sous le régime de la communauté, et que vous instituez Marie votre légataire universelle.

— Il va sans dire que Marie aura toi^te ma fortune, puisqu'elle est ma petite...

■ — Votre petite-nièce ; pourquoi diable cherchez-vous les mots si longtemps? Le marquis de Verneuil netait-il pas votre neveu... au su de

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