‹ Les péchés mignonsChapitre 99 sur 115 · CHAPITRE XI. 2il · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. 2il

tout le monde?... Le secret n'est connu que de vous et de moi, et nous l'emporterons bientôt dans nos tombes.

— Chevalier, au nom du bon Dieu, ne dites plus un mot de cette histoire...

— Donc, reprit M. de Péruse, votre petite-nièce étant votre plus proche parente, vous pourriez vous dispenser de mettre la main à la plume pour faire un testament; néanmoins, je vous serai trèsreconnaissant de faire abandon de tous vos biens à cette chère enfant, dès la signature du contrat.

— Pensez-vous que je veuille faire tort à Marie d'une obole?

— On ne sait pas ce qui peut arriver... Vous êtes devenue bien dévote depuis cinq ou six ans, et, ma foi... vous comprenez? les vieux pécheurs ont une foule de bonnes œuvres dans la tête et dans la bourse; M. le curé vous a prouvé que léglise de la commune menace ruine, et je vous sais si généreuse, qu'au lieu d'une église, je crains de vous voir employer votre fortune à la construction d'une basilique, ce qui serait très-avantageux pour la paroisse, mais ruineux pour nos enfants...

— Et quand je donnerais tout ce que je possède aux pauvres, ces jeunes gens ne seraient-ils pas assez riches par eux-mêmes?

— Oh! oh! voici que vous y venez!... En rendant nos comptes de tutelle, vous avez dû appren-

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dre que Marie est maîtresse d'une fortune de quinze à seize cent mille francs. Certes, c'est là un beau gâteau, et, en y joignant ce que vous avez, le charmant ménage pourra ne pas mourir de faim; car vous êtes millionnaire, vous, ma chère sœur.

— Et comptez-vous pour rien votre patrimoine?

— Hélas ! vous ravivez mes douleurs par cette question. Vous nignorez pas que les révolutions et les gens d'affaires m'ont mis fort bas. J'ai peu de chose; mais, comme vous, je donnerai tout.

— Mais le vicomte est puissamment riche, en dépit de sa dissipation.

— Je crains fort que ce pauvre enfant n'ait éprouvé de grandes pertes...

— Je vous comprends ! vous avez compté sur Marie et sur moi pour relever votre... ^otre protégé; vous m'avez caché la conduite plus que légère de M. de Fontac, et madame de Certènes, votre autre enftint gâté , vous a parfaitement secondé ainsi que son notaire dans cette entreprise. J'ai bien voulu passer sur ce que vous appelez des folies de jeunesse, et j'ai consenti à une union dont je prie le ciel d'avoir pitié , mais ne tentez pas d'obtenir de nouveaux avantages. Toute ma fortune sera assurée par acte, dès aujourd'hui, à ma nièce; mais quant au mariage, il ne se fera

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