CARMEN, NELLA
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Ma chère Nella !
NELLA
Vous aussi, sefiora, vous avez {«jnsé à moi?
CARMEN
Qui pourrai! l’oublier? Dès le premier jour, je l’aimai comme l’aiment tous ces braves gens que ton retour a rendus si joyeux.
NELLA
C’est comme une grande Tamille que Dieu m’a donnée, n’esl-ce pas? Quand je me suis retrouvée au milieu d’elle, quand toutes ces voix m’ont api>elée, quand j’ai vu tous ces visages me sourire, j'ai ressenti là, au cœur, une émotion si vive .. oh! mais si vive, que j’ai cru mourir! •
CARMEN
Mais, maintenant, pourquoi pleurer, si ce n’est de joie et ' de bonheur?
NELLA
Oui, vous avez raison; j’ai trois jours à donner à mon village, à l’amitié, à la reconnaissance; trois jours de liberté, de fêles et de chansons en plein air, sous notre beau ciel de Sicile 1 Qu’on me rende mon tambourin et ma guitare, dans trois joure j’aurai tout brisé !
CARMEN
Pour renoncer au monde? Pauvre fille, trop de doux liens t’y rattachent encore. (Lui prenant le$ maim avec bonté.) Nella, parlemôi comme à ta sœur. Pourquoi as-tu quitté tou village et Cecco, ce beau garçon que chacun, on me l’a dit, désignait déjà comme ton fiancé? Est-ce que tu ne l’aimes pas?
NELLA, vivement.
S’il fallait ma vie pour racheter la sienne, je la donnerais avec joie.
CARMEN
Je comprends... Eh bien, si c’est la crainte de ce mariage qui a troublé ton Ame, viens au château de mon père, deviens mon amie, ma compagne, le veux-tu ? (Nella, attendrie, baùe lea ■naine de Carmen tani répondre.) tu viendras, n’esl-ce pas? Tu Verras comme j’aurai soin de toi, comme tu seras heureuse ! Le soir venu, tu prendras ta guitare, tu chanteras sur la terrasse qui domine la mer. Puis nous viendrons ensemble visiter tes amis, qui seront les miens, cl nous ne les quitterons jamais sans qu’ils nous aient bénies d’être venues .
Digitizdaoy