ACTE PREMIER. . H
NF.I.LA.
Ne me dites pas tout celaj c’est trop beau, c'est impossible !
CARMEN
Alors tu me caches un secret; suis-je donc indigne de le connaître ?
NELLA, Avec réaolution.
Non, je vais tout vous dire. Regardez cette fontaine; c’est là, à l’ombre de ce grand liguier, que j’aimais à chanter les mille folies qui me passaient par la tèle. Un soir que mes amies s’étaient écartées en dansant au son de ma guitare, j’entendis à mou oreille une voix qui me disait: « Nella, tu es belle ! Nella, je t’aime! » Je frissonnai de tout mon corj)s, et, en tournant la tête, je vis appuyé cbiitre l’arbre un étranger couvert d’un manteau sombre. Sa ligure était noble, son regard plein de douceur. Je crus voir une apparition, et je me sauvai toute émue! Le lendemain, je revis l’étranger à la même place ; puis je ne pouvais faire un pas seule dans la montage sans le retrouver sur ma roule. Alors, quand je rentrais dans ma cabane et que je voyais Cecco venir à moi en me souriant, je me sentais coupable ! Ce n’était plus lui que j’aimais! Vivre ainsi m’était impossible. La première fois que l’étranger se trouva sur ma roule, je lui montrai la chapelle du couvent et je lui dis: « 11 y a là un prêtre... venez... et qu’il nous bénisse ! »
CARMEN
Eh bien?
NELU.
Il resta muet. ,
CARMEN
Ah!
NELLA
Si Tavais reçmun stylet dans le cœur, j’aurais moins souffert. Sans écouter sa voix qui me rappelait, sans lui répondre, je m’enfuis vers le monastère, dont la poi*te se referma sur moi.
ROMANCE
L’àme désespérée Et malade d’amour.
Sous la voàte sacrée ' De ce pieux séjour.
Suppliante, éplorée.
J’ai prié nuit et jour !
Aux pieds de la Madone,
Qui console et pardonne.
J'ai fait un dernier vœu :
Ne pouvant être à lui... j’ai promis d’èire à Dieu!
18 LBS PÉCHEURS DE CATANE
0 céleste mystère A ma voix accompli!
Doux transport, joie austère Dont mon costir est rempli!
J'ai trouvé sur la terre Le pardon et l'oubli!
L'âme heureuse, apaisée,
D'un feu pur embrasée Et Adèle à mon vœu :
Je ne suis plus à lui; — je serai toute à Dieu !