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(Collection V. Goloubew.)
l'histoire des périodes qui les avaient précédés. Il n'y a qu'unchangementdynastiqueenChine, àla fin duxvii e siècle; l'évolution des Ming se poursuit et malgré la réorganisation instaurée par K'ang-hi, maintenue sous ses deux successeurs, l'usure du vieux système élaboré sous les Song, fixé sous les Yuan et les Ming, était trop profonde pour ne pas aboutir à une irrémédiable décadence.
Dès lors, on ne doit pas s'attendre à des transformations profondes dans le domaine de la peinture. On ne peut voir que se continuer son évolution propre. Il est nécessaire néanmoins d'insister ici sur la valeur que garde la peinture chinoise du xvn e au xx e siècle, car c'est une opinion généralement admise que, s'il y a encore quelque chose sous les Ming, il n'y a plus rien sous les Ts'ing. Sans doute des éléments profonds de décadence s'y manifestent, mais à côté des œuvres inférieures, d'autres maintiennent la vitalité du passé et la possibilité d'une renaissance. Il suffirait pour faire justice de ces opinions hâtives et mal informées de s'en rapporter à nombre de peintures, signées et datées du xvni e ou du xix e siècle et que marchands ou collectionneurs attribuent avec sérénité au xi e ou au xn e .
La peinture chinoise de la fin du xvn e et du début du xvin e siècle est encore pleine de vitalité. Le goût de la couleur brillante s'est atténué, la composition s'est faite plus ample et plus grande chez certains peintres dans lesquels on voit revivre la forte race de jadis. C'est le moment où Yun Tcheou-p'in, plus généralement connu sous le nom de Nan-t'ien, peint avec la sobriété et la puissance de
l'ancien style, le paysage et les fleurs, où Tchen Nan-p'ing s'en va au Japon fonder l'école chinoise moderne qui rivalise d'activité et de puissance avec l'Ukiyo-yé, où, autour d'eux, se groupe toute une école qui présage une activité nouvelle.
Elle n'est pas soutenue par le nouveau gouvernement, infatué du style académique sous les premiers règnes, et de plus en plus ignorant à mesure que l'on se rapproche des dernières années du xix e siècle. Aussi voit-on un assez grand nombre de peintres chinois s'établir au Japon au xvm e siècle. Le caractère de Fart des Mingest poursuivi dans leur œuvre. L'observation d'un Nan-T'ien ou d'un Tchen Nanp'ing est subtile et attentive, mais l'objectivité, le réalisme qui se sont fait jour s'expriment avec évidence dans leurs œuvres. Ce n'est plus le monde dépure essence et de principe immanent que l'on recherche, mais le monde réel et proche, le monde des formes objectives étudiées pour elles-mêmes, vivant leur propre vie, au seuil duquel s'arrête l'esprit que les anciennes philosophies ne dirigent plus.
Ce caractère se maintient et s'affirme au xix e siècle. On le retrouve tout aussi bien dans la peinture de fleurs et de paysages que dans la peinture de figure. Que ce soit un iris de Nan-T'ien ou un personnage de Houang Yin-piao, les mêmes traits apparaissent. Ce dernier, qui travaillait au milieu du xvni e siècle, évoquait d'un pinceau habile les personnages de la légende bouddhiste ou taoïste, mais ses simplifications audacieuses tiennent à la virtuosité plus qu'à cette réflexion profonde, à cette abstraction de toute l'utile contingence qui fut la gloire des anciens maîtres.
<;'i'h.'il.' Il Bihl'o'l.r.rue d'Art o[ il* Vi rh*>tilu^i< HALTE DE CHASSE IMPÉRIALE. PEINTURE DE l'ÉPOQUE DES MING.
XVI e SIÈCLE.
(Collection B. Petrucci.)
LES PEINTRES CHINOIS. Hl
On touche ici aux éléments de la décadence, ils devaient s'affirmer précisément sous cet aspect de virtuosité dans la difficulté vaincue pour lequel la véritable recherche et la possession réelle des formes sont de plus en plus abandonnées.
On n'a pas oublié la calligraphie, ni la peinture calligraphique en Chine, mais on Ta poussée à un degré d'abstraction qui n'est plus du domaine de l'art. On représente un personnage par des traits qui constituent des caractères et qui, en même temps qu'ils dessinent une forme, écrivent une phrase. Sans doute, cela prouve une habileté merveilleuse ; j'abandonne ces chefs-d'œuvre à la calligraphie si l'on veut; je me refuse aies admettre dans le domaine de la peinture.
Il en est à peu près de même delà « peinture au doigt », en grand honneur sous la dernière dynastie. Ce n'est plus le pinceau qui trace le trait, mais le doigt, trempé dans l'encre ou la couleur. La peinture est alors exécutée sur un papier moderne, d'une nature particulière, et qui boit assez fortement, comme un papier buvard. Il en résulte des traits mous, des tracés de couleur ou d'encre sans fermeté, une apparence faible enfin qui met les peintures ainsi exécutées, malgré toute leur virtuosité, au rang des œuvres d'artisans."
Ces dernières sont nombreuses pour la période moderne; elles constituent ce que beaucoup connaissent de la peinture chinoise : on ne saurait dire à quel point on doit être attentif à les écarter. De tout temps des peintures déco-
ratives, des peintures religieuses, des peintures funéraires furent exécutées en Chine par des artisans, véritables entrepreneurs au service de n'importe qui. Ce n'est pas là qu'il faut aller rechercher le caractère dés belles époques ni les manifestations supérieures d'un art. Ce sont celles qui, les premières, quittent le pays et prennent la route de l'Europe. Il n'y a aucune raison de les analyser ici.
En résumé, la peinture chinoise, durant ces deux derniers siècles, compte encore des maîtres de premier ordre. Cela seul suffit à indiquer qu'elle n'est point morte. Qui pourra dire l'avenir qui l'attend dans les changements profonds auxquels nous assistons aujourd'hui? Après un fléchissement qui dura vingt-cinq années, le Japon s'est repris et il a cherché à renouveler sa tradition artistique. On peut souhaiter ici que la Chine ne commette point les mêmes erreurs et qu'elle n'oublie pas, comme l'a fait son voisin, l'histoire de ses vieux maîtres.