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Chapitre IV

JEAN PORTAELS. — LIÉVIN DE WINNE, etc., etc.

Jean Portaels (1818-1895). — Le meilleur titre actuel de Jean Portaels à la notoriété est celui de professeur. Les élèves de son atelier, phalange admirable d'artistes qu'il avait su nantir de l'indispensable savoir technique sans atténuer leur indépendance de vision ni diminuer leur originalité, ont fait plus pour sa gloire que ses grands tableaux de l'église St-Jacques, ses scènes bibliques ou orientales, sa « Loge de l'opéra de Pesth », du Musée Moderne ou les nombreux portraits conservés dans les maisons de la bourgeoisie riche de Bruxelles dont il fut le commensal choyé. Qui, parmi les hommes mûrs d'aujourd'hui, ne se rappelle Portaels vieilli, privé de l'usage de ses jambes, servi par un modèle italien devenu son valet de chambre, amené chaque soir d'hiver, dans quelque maison où l'on dînait, véhiculé, à l'heure du café, au centre d'un salon ; autorisé, tandis que les hommes passaient au fumoir, à teter son gros cigare au milieu d'un cercle de femmes qui lui faisaient positivement la cour. De chacune le « Cher Maître », après quelque don de dessin improvisé pour elle avec une amusante facilité, obtenait la commande du portrait qui équivalait, comme pour les rivales déjà pourvues, à un brevet de femme à la mode.

Hélas, ils se ressemblent tous ces portraits, faiblement construits, dénués de caractère, d'une élégance banale. Leur couleur est anémique, terreuse dans les chairs, artificiellement remontée de rehauts criards en désaccord avec la tenue pâle de l'ensemble. Elles se ressemblent toutes aussi, en peinture, les admiratrices de Portaels, également insignifiantes, sans flamme et sans âme, d'un air uniformément rêveur, dans leurs effigies de porcelaine lisse.

Les élèves de l'atelier faisaient alors d'autre peinture, étrangement plus artiste. Mais les belles dames tenaient à Portaels. Il peignait « si distingué ......

Il avait exposé aussi des portraits de théâtre, Blanche Deschamps, Rose Caron, cantatrices aimées des habitués de la Monnaie. Et il parlait sa habilement de ses modèles, de Mademoiselle X . . , de la Comédie Française, ma chère, de ces femmes mystérieuses de Tanger ou de Budapesth qui avaient posé pour lui. Même il exhiba chez lui, pendant tout un temps, une Tzigane au type étrange qu'il s'ingéniait à auréoler d'anecdotes énigmatiques. Les figures de fantaisie qu'elle lui inspira en obtinrent, par contre-coup, un gros succès. Portaels vantait l'habileté de cette étrangère — brodeuse géniale — son instinct artiste, son goût harmonieux pour des bariolages exotiques et quasi barbares de laines et de soies éclatantes dont elle remplissait des contours imaginés et tracés par elle.

Qui d'alors n'a pas sollicité de commander — et de payer cher — une portière, un tapis de table, un coussin, ouvré par la belle sauvageonne?

Jean Portaels

Portrait de Fillette

(Appartient à Mme Meurice)

Ces allées et venues de femmes de théâtre, de demimondaines, de modèles professionnels, un entassement d'étoffes et de bibelots rapportés d'Orient, un arôme de cigarettes de parfums et de chair nue qui flottait dans l'énorme atelier — Portaels, alors Directeur de l'Académie des Beaux-Arts, y avait ses appartements et avait aménagé en studio une ancienne chapelle désaffectée — tout cela exerçait quelque séduction trouble sur les correctes Bruxelloises. Le milieu attirait ces bourgeoises précisément parce qu'il leur paraissait pimenté et faisandé. Fières de leur hardiesse elles estimaient, quand elles descendaient de voiture à la porte du « Maître », afficher une fringante indépendance d'allures, le dédain du « qu'en dira-t-on ». Elles pouvaient, après cela, se poser en mondaines supérieures aux préjugés tenaces d'une société encore provinciale, en dilettantes accessibles aux vibrantes émotions de l'art. Se sentant « in petto » les égales des Parisiennes les plus audacieuses elles allaient se frotter curieusement à ce monde mêlé qu'elles n'eussent point consenti à coudoyer ailleurs.

Déjà la pléiade des élèves de Portaels commençait à briller au Zénith. Presque tous peintres de figures et portraitistes ils voyaient s'ouvrir devant eux des carrières qui s'annonçaient fécondes. C'était Edouard Agneessens, Ernest Blanc Garin, qui depuis a repris les excellentes traditions professorales du vieux maître et transmis à son tour la bonne

parole et les graves enseignements à une nouvelle génération de peintres, Emile Charlet, Fernand Cormon (qui n'était pas encore de l'Institut), Léon Frédéric, André Hennebicq, Josse Impens, Antoine Lacroix, prématurément disparu, Franz Meert, les frères Oyens, — David et Pierre — , Henri van der Hecht, Antoine van Hammée, Eugène Verdeyen, Isidore Verheyden, Emile Wauters, Charles Van der Stappen, statuaire, etc., etc.

Combien déjà sont morts aussi ! !

L De Winne (182Î-1880). — Les portraitistes français et anglais du xviiie siècle interprétèrent leurs modèles avec une liberté aisée et désinvolte. La société policée, brillante, corrompue mais essentiellement aristocratique qui formait leur clientèle dédaignait les mesquineries de la tenue hypocritement correcte. Nattier métamorphosait les princesses royales, « les filles de France », en déesses de l'Olympe. Diane ou Hébé pouvait bien laisser apercevoir un sein sans voile, une jambe nue entre les plis d'une tunique drapée. Elle remplaçait la toilette de cour par la peau de panthère des Ménades, par une écharpe volante, des fleurs en guirlande, le ruban d'un carquois.

Madame Récamier posait devant Gérard en chemise de linon diaphane, les pieds nus, dans un mol abandon.

Madame Tallien et Pauline Borghèse consentirent à de plus complets sacrifices vestimentaires et furent satisfaites de se voir peintes ou sculptées parées du seul éclat de leur beauté intégrale.

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