L. De Winne
Portrait de S. A. R. Mgr. le Comte de Flandre
(Appartient à S. A. R. Mme la Comtesse de Flandre)
Quand il fut reconnu impossible d'aller plus loin dans cette voie, l'inévitable réaction se dessina. On en vint tout doucement à des rigidités et à des pudibonderies excessives.
Après 1848, les préjugés bourgeois achevèrent d'emprisonner les peintres de portraits dans les limites du programme le plus étroit. On voulut seulement l'image exacte des personnes, dans leurs ajustements ordinaires, avec leur air de tous les jours, sous un aspect de haute respectabilité.
A ce moment les modes masculines se figeaient dans le sombre et le neutre uniforme actuel. Les femmes, asservies à la volonté de paraître strictement décentes, voulurent la copie exacte de leurs atours. Toute fantaisie fut ainsi ôtée à l'interprète condamné à exprimer seulement la dignité ou l'opulence gourmée de ses modèles.
Sans doute, déjà au XVIe et au XVIIe siècle, peignit-on énormément de portraits austères. Mais les costumes offraient des ressources de pittoresque et de luxe inconnues, tout au moins chez les hommes, à notre époque utilitaire. Aujourd'hui plus de dentelles en fraises, en jabots, en manchettes, plus de pourpoints aux couleurs joyeuses, de grands feutres souples et empanachés, de chaînes d'or, de cocardes, d'accessoires brillants.
Tandis qu'un Largillière, un Hyacinthe Rigaud avaient représenté des gentilshommes à perruques, en habits de velours et de satin éclatants comme des fleurs, brodés, dorés, galonnés, un Ricard, un Liévin De Winne, au XIXe siècle, se virent réduits à interpréter la redingote de drap noir, le fauxcol empesé, la cravate étriquée, toute la sécheresse de lignes,
toute l'anémie de couleurs dont notre pédantisme affecte de se vêtir.
D'ailleurs ces peintres excellents devaient, par compensation, tirer un certain avantage de ces entraves mises à tout arrangement fantaisiste.
Dans leurs portraits dépourvus d'agréments pittoresques, de colorations chatoyantes, le visage et les mains des modèles prennent une singulière importance — légitime en somme — mais un peu négligée depuis deux cents ans.
Exprimer de la vie intérieure, révéler la psychologie des modèles, tel devenait l'objectif principal des portraitistes. Leurs œuvres, par réaction, cessaient de ressembler aux décors aimables du XYIIh siècle, dans lesquels cependant un Latour, un Perronneau surent fort bien s'affirmer physionomistes pénétrants. On vit des portraits intimes, révélateurs de mentalités, de tempéraments, voire de tares physiologiques. Tout ce qui fut sacrifié à l'effet extérieur et superficiel précisa la portée intellectuelle de l'ouvrage, lui imprima une signification réfléchie.
Jamais documents plus véridiques, tels des procèsverbaux, ne furent dressés en témoignage d'un milieu social où le puritanisme d'attitude, le détachement des libertinages de jadis était jalousement affiché.
Liévin De Winne vint à son heure pour exécuter magistralement les morceaux les plus caractéristiques du genre.
Il s'était fait peu à peu une clientèle spéciale, hommes politiques, professeurs d'université, savants,médecins,juristes, grands bourgeois. Il la fournissait de probes et sérieux