L. De Winne
Le Premier-Président Leclercq
(Appartient à M. Leclercq
portraits qui resteront documentaires. Le milieu intellectuel belge d'entre 1850 et 1880 s'y survit.
Ces portraits, comme ceux, plus récents, qu'a signés à Paris Henri Fantin-Latour, ne concèdent rien aux effets accessoires. Ils n'existent que par l'étude appuyée des physionomies, le souci de rendre la pensée des regards, l'aspect des complexions, l'expression caractéristique des traits, la dignité des attitudes. Portraits de membres d'une classe sociale oii la gravité était un masque obligé, ils revêtent une allure un peu puritaine. Même quand De Winne peint un portrait de femme, il adopte presque toujours une gamme sobre, un arrangement d'une discrétion rigide. Vêtements noirs, avec une note blanche de linge ou de dentelle, fonds neutres, gris, fauves, verts, il ne sort guère de ces accords froids, et s'il ajoute aux ajustements d'une jeune femme un modeste bijou — coraux ou camée — il accentue encore, à son insu, par ce détail inélégant, l'aspect médiocre et provincial de la toilette qu'il a choisie.
Rarement Liévin De Winne osa se départir de ce parti pris et montrer quelque recherche, un souci de couleurs, des coquetteries de pinceau. On cite, à titre exceptionnel, le portrait mondain de Madame Vander Stichelen, très jolie, fine et brune, en robe de bal blanche, assise dans un ballonnement de crinoline, et celui plus grave de Madame Rolin-Jacquemyns en velours Bordeaux ourlé de fourrures, plus significatif déjà de vie intérieure.
Jules Breton a bien résumé l'art de De Winne et déterminé les caractères essentiels de ses portraits. Ils se distin-
guent, écrit-il, par « un je ne sais quoi d'austère et de fami- » lier, une sévérité calme et douce, une grande unité qui » n'exclut point la variété, et cette aisance, cette tranquillité » puissante qui résulte de l'accord harmonique de toutes les » parties et qui est la qualité suprême des vrais Maîtres ».
« Point de miracles de facture, point d'efforts apparents ; » ses personnages vous regardent paisiblement, du fond de » leur âme et selon leur âme. »
« Ses dernières œuvres, si dépouillées de matière et si » chargées de vie, ne nous montrent que deux choses, la » personnalité du modèle et celle du peintre. »
Le jugement du confrère et de l'ami est clairvoyant, sincère, proportionné.
De Winne qui fut exclusivement portraitiste dès qu'il eut pris conscience de lui-même, avait débuté par des compositions à personnages (Ruth et Noémi, S* François d'Assise en extase, etc.).
Né à Gand en 1821, il se trouvait à vingt ans orphelin et sans ressources. Il fut recueilli par Félix de Vigne, dont il a laissé un portrait très sympathique. Félix de Vigne, chef de toute une lignée d'artistes, fut pour lui en même temps qu'un Maître un second père. Plus tard le statuaire Paul de Vigne et l'architecte Edmond de Vigne demeurèrent ses amis fidèles. Ses débuts furent difficiles. Mais son caractère était si généreux, son extérieur si avenant qu'il forçait les sympathies.