‹ Les peintres du Bosphore au dix-huitième siècleChapitre 12 sur 76 · Mercure de France, mai · texte numérisé non relu

Mercure de France, mai

2. Relation des fêtes pompeuses que M. le marquis de Villeneuve, ambassadeur, a données pour la naissance de monseigneur le Dauphin, avec l'explication des tableaux et inscriptions qui ont paru de la part des Capucins de Saint-Louis à Péra, à l'occasion du Te Deum chanté dans leur église à la suite de cet événement. — Archives de Saint-Louis, ch. vi. A. 46. Le P. Laurent, des capucins de Saint-Louis, a bien voulu copier pour nous ce curieux document.

vait pas manqué de signaler le concours que lui avait prêté Tartiste. « Le sieur Van Mour, écrivait-il le 15 janvier 1730, a été chargé des principaux arrangements de cette fôte. Quoiqu'il ait lieu d'être satisfait de moi dans cette occasion, je ne saurais cependant me dispenser de vous rendre un témoignage favorable de son mérite et du zèle qu'il a pour le service de Sa Majesté. »

Un mois après, le 14 février 1730, Van Mour s'adressait lui-même au Ministre :

Monseigneur, je prends la liberté de rappeler aujourd'hui à Votre Grandeur qu'en m'accusant la réception du tableau que j'avais eu l'honneur de lui envoyer, Elle eut la bonté de me promettre qu'EUe se souviendrait de moi dans l'occasion. Le bonheur que j'ai eu d'employer avec assez de succès mon zèle et mes soins à la conduite et à l'exécution des fêtes que M. le marquis de Villeneuve a données ici au sujet de la naissance de monseigneur le Dauphin, me parait être une conjoncture favorable pour me faire sentir les effets de la protection dont Elle m'a flatté qu'EUe m'honorerait, en me procurant une petite pension pour accompagner le brevet de peintre ordinaire du Roy en Levant, qu'il a plu à Sa Majesté de m'accorder depuis 1725. Si je pouvais obtenir ce secours, il me mettrait en état de subvenir aux dépenses que je ne puis éviter de faire pour m'instruire à fond de toutes les particularités qui concernent les mœurs et les usages des Turcs, dont j'ai déjà donné plusieurs fois des tableaux au public qui en ont été bien reçus, et dont

je pourrai en donner encore sur bien des manières plus curieuses, surtout s'il plaisait à Sa Majesté d'agréer l'idée qu'avait eue M. le marquis de Bonnac de me faire traiter des sujets choisis pour les mettre après en tapisserie des Gobelins, ce qui composerait une tenture d'une beauté aussi nouvelle que singulière.

J'ose ajouter, Monseigneur, qu'aucun peintre avant moi n'a travaillé avec soin dans ce goût et que me trouvant seul dans ce pays- ci et dans un âge à ne pas espérer de pouvoir encore fournir une longue carrière, je ne serais peut-être pas indigne de la faveur que je demande pour les derniers ouvrages qui sortiraient de mes mains.

Il ne semble pas que le désir du peintre ait été accueilli. Nous n'avons, en effet, trouvé aucun document qui indiquât qu'une pension ou un secours du ministre soit venu soulager les dernières années de Van Mour. Le peintre du Roi en Levant mourut à Constantinople, le 22 janvier 1737, à l'âge de soixante-six ans. « M. l'ambassadeur de France, écrivait le correspondant oriental du Mercure de France, envoya toute sa maison à son convoi funèbre, où toute la nation française assista; il fut enterré dans l'église des RR. PP. Jésuites à Galata, tout proche le tombeau de M. le Baron de Salagnac*. »

1. Mercure, juin 1737. Extrait d'une lettre écrite de Constantinople le 24 janvier 1737, Malgré toutes les recherches

JEAN-BAPTISTE VAN MOUR 4i

L'œuvre de Van Mour forme la plus curieuse réunion de documents que l'on puisse trouver pour l'histoire des costumes et des mœurs en Turquie pendant la première moitié du xvni* siècle; nous avons cru qu'il ne sérail pas sans intérêt d'en dresser ici, pour la première fois, le catalogue.

I. — Le Sultan Ahmed III reçoit en audience de congé le Marquis de Bonnac^ le 2à octobre i72U.

Signé : J. B. Van Mour pinxit, Constantinople,

II. — Fête donnée à Constantinople par ordre du Grand Seigneur à Madame la Marquise de Bonnacj née Gontault Biron. H. 871/2. L. 1, 18.

Sur le canal du Bosphore, une fontaine turque ombragée par de grands arbres ; devant la fontaine, assise sur des tapis d'Orient, Madame de Bonnac ; à sa droite, derrière elle, l'ambassadeur; à côté de Madame de Bonnac,

qu'a bien voulu faire faire dans l'église de Saint-Benoît, et dans les archives de la Mission, M. Lobry, visiteur des Lazaristes, il n'a pas été possible de retrouver le tombeau de Van Mour,

plusieurs femmes en riches costumes orientaux. Ce groupe regarde danser une tzigane et un petit enfant. Des musiciens tziganes jouent du tambour de basque, des cymbales, et divers instruments du pays.

Sur les marches du bassin qui entoure la fontaine, un janissaire et un petit esclave debout, attendent les ordres. L'un tient le long tuyau d'un tchibouk. Tout autour de la fontaine, des Turcs couchés ou assis, d'autres puisant de l'eau.

Au premier plan des serviteurs grecs étendent des tapis, d'autres préparent le café. A gauche, sous des arbres, l'escorte envoyée par le Grand Seigneur, janissaires, bostandgis. Deux personnages paraissent surveiller l'ordonnance de la fête. A droite, un groupe de femmes en costume orienlal.

Au second plan, des tentes sont dressées sur le rivage du Bosphore. On voit dans le lointain, la côte opposée et le développement du Canal.

Ces deux tableaux appartiennent à M. le marquis de Luppé, au château de Beaurepaire ; ils sont dans sa famille, depuis la mort de Jean-Louis d'Ussonde Bonnac, évoque d'Amen. L'inventaire dressé après le décès du prélat (11 mars 1821) les décrit ainsi: « Dans le Sallon (^sic), deux tableaux dans leurs cadres de bois doré, l'un représentant la première audience de congé donnée par le Grand Seigneur à M. le marquis de Bonnac, le second, une fête donnée à Constantinople par ordre du Grand

Seigneur à Mme la marquise de Bonnac... 100 francs. » Ce sont ces tableaux que M. Schefer a signalés dans son Introduction aux Mémoires de Bonnac et a attribués par distraction sans doute, à Martin le Jeune.

UI-IV. — Réception du Vicomte d'Andrezel par le Sultan Ahmed III, le 17 octobre 172U.

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