Mémoires secrets, XIII, p
2. Trois des tableaux de Vanloo sont au Louvre, mais deux seulement sont exposés. Sur les tapisseries connues sous le nom de « Costumes turcs » et dont le palais de Compiègne possède la Toilette de la Sultane et le Travail chez la Sultane, voir l'inventaire de M. Gerspach.
Trop d'artistes voyageaient en effet alors en Orient pour que l'on pût encore montrer aux Parisiens des Turcs de fantaisie. Les tableaux de Favray, les dessins d'Hilair empêchaient d'apprécier les peintures décoratives d'Amédée Yanloo ou les éludes de nu et les scènes de genre de Tara val.
Le Français avait toujours le même goût pour l'exotisme. Mais il demandait à l'Orient autre chose que des motifs de compositions agréables pour orner des salons ; il ne se contentait plus d'aimer pour leurs costumes étranges ou leurs prétendues aventures de sérail les habitants du Levant qu'il s'était un instant, dans l'art comme dans la littérature, amusé à peindre en leur prêtant ses propres passions ; il voulait maintenant étudier le véritable Oriental, rechercher les sentiments qui l'animaient, connaître la nature au milieu de laquelle il vivait.
A la fin du xvm* siècle, avec les artistes dont Choiseul-Gouffier et Mouradja d'Ohsson
s'entourèrent pour préparer l'illustration du Voyage pittoresque de la Grèce et du Tableau de l'Empire ottoman, une nouvelle école commença. Les peintres de Turcs et de turqueries disparurent; il n'y eut plus que des peintres de la Turquie.
A LA FIN DU XVm® SIÈCLE
Le Palais de France à Constantinople où le comte de Choiseul-Gouffier s'installait le 27 septembre 1784 venait d'être entièrement restauré par M. de Saint-Priest. La salle du dais avait reçu un somptueux ameublement en velours ciselé cramoisi, tiré du garde-meuble comme l'ancienne tapisserie de haute lisse qui, depuis le temps de M. de Castellane, décorait l'antichambre. Des boiseries en architecture et des glaces couvraient les murailles ; les dessus de portes, encore vides, attendaient quatre panneaux que l'ambassadeur aurait désiré commander à quelques membres de l'Académie de peinture. Rappelant les vieilles rela-
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tions delà France avec la Turquie, « l'audience de M. de laForestle premier de nos ambassadeurs du temps de François I" ; la médiation de François de Noailles, évêque de Dax, entre la Porte et la République de Venise ; la médiation de M. de Bonnac, entre la Porte et la Russie sur le partage des provinces de Perse ; la médiation de M. de Villeneuve », ces tableaux « avec un beau portrait du Roi pour mettre sous le dais auraient produit un effet superbe». Dans la grande pièce qui, sur la terrasse du Nord précédait la salle du trône, l'ambassadeur avait fait incruster en médaillons de plâtre les portraits des neuf rois de France depuis François I" jusqu'à Louis XV, et dans la salle longue d'en dessous, il avait placé les portraits des ambassadeurs « que leurs familles avaient été invitées à fournir dans des dimensions fixées pour l'agrément de l'œil » *. M. de Saint-Priest n'avait pu se les procurer tous, mais ceux qu'il avait réunis, suffisaient pour évoquer les anciennes traditions des Brèves, des Nointel, des Bonnac.
1. Aff. étr., Turquie, vol. Lettre de M. de Saint-Priest du 24 août 1774.