LES ARTISTES ET CHOISEUL-GOUFFIER
A aucune époque ce Palais où les lettres et les arts avaient toujours été en honneur, n'avait été fréquenté par autant d'artistes qu'il allait l'être sous le nouvel ambassadeur. Grâce aux dispositions bienveillantes des sultans Abdul-Hamid l" et Seiim III, les artistes étrangers pouvaient alors travailler librement dans la capitale et parcourir les provinces de l'Empire. Les peintres et les dessinateurs qui vécurent dans les dernières années du xvin* siècle autour de l'ambassade de France et autour (le la plupart des missions étrangères, réunirent ainsi des documents qui nous donnent sur la Turquie et les Turcs des indications d'autnnt plus précieuses que bientôt les réformes du sultan Mahmoud, en modifiant les costumes, allaient changer la physionomie de TOrient. L'examen de ces œuvres, si intéressantes au point de vue historique, nous permettra de rappeler l'attention sur les noms bien oubliés aujourd'hui d'artistes de talent comme Hilaire, Castellan, Melling, Garaffe, Préaulx ou Gassas.
Un tableau d'Hilaire nous montre le Palais
de France avec ses terrasses et ses jardins, dominant, au delà de Tophané et de Galata, l'entrée du Bosphore et la Corne d'Or ; la Pointe du sérail, les Iles des Princes au-dessus desquelles se voient les montagnes de Brousse ferment Thorizon. Mais ce n'était pas par la magnifique description de la vue qu'elle avait de ses fenêtres, que Milady Craven* commençait le 25 avril 1786 une lettre qu'elle écrivait de l'ambassade oiielle était l'hôle de Choiseul- Gouffier. Elle avait « les yeux et les oreilles encore plus flattés au dedans de la maison qu'au dehors, il fallait qu'elle débutât par le récit de l'intérieur ». C'était en effet au milieu de marbres antiques, de monnaies et de pierres gravées que vivaient les hôtes du palais de France, les gentilshommes, les artistes et les gens de lettres qui formaient la société habituelle de l'ambassadeur, et le soir, « quand il n'y avait pas de visite et que le travail de la journée était fini, on s'assemblait autour des grands portefeuilles. remplis des plus superbes dessins », tout en écoutant l'académicien De-
1, Voyage en Crimée et à Constantinople fait en 1786, traduit par Guédon de Berchère, 1789, in-8.