LES ARTISTES ET CHOISEUL-GOUFFIER
lille lire ses vers, ou d'Ansse de Villoison discuter quelques points d'érudition ^
La plupart de ces dessins avaient paru en 1782 dans le tome premier de l'ouvrage auquel Ghoiseul-Gouffier devait son élection à l'Académie française et sa nomination à l'ambassade de Constantinople : Le Voyage pittoresque de la Grèce. A son arrivée, ce livre lui avait valu quelques désagréments: des cartons, habilement insérés dans les volumes qui pouvaient tomber sous les yeux des personnages ottomans dont la susceptibilité avait été éveillée par un ambassadeur étranger, avaient remplacé certains passages défavorables aux Turcs, ou caché des gravures trop élogieuses à l'égard des Grecs. Choiseul-Gouffier prenait plaisir à montrer les dessins originaux des gravures qu'il avait demandées aux artistes les plus réputés, Tillard, Choffard, Aliamet ou Lemire ; conteur aima-
i. Sur Choiseul-Gouffier et son entourage voir : Pingaud, Choiseul-Gouffier. La France en Orient sous Louis XVI. Paris, 1887, in-8. — Voyage à Constantinople fait à l'occasion de l'Ambassade de M. le comte de Choiseul-Gouffier à la Porte ottomane, par un ancien aumônier de la marine royale. Paris, 1819, in-18.
Sur d'Ansse de Villoison, voir le livre de Gh. Joret. Paris, 1910, in-8.
ble, il en profitait pour narrer ses souvenirs, les traversées sur VAtalante, les escales dans les îles de l'Archipel, les longues courses en Asie Mineure. Il aimait à se dire l'auteur de quelques-uns de ces dessins, sur lesquels, d'après un contemporain, il n'avait peut-être mis que sa signature.
J.-B. Hilaire était l'auteur du plus grand nombre. Sa vie reste entourée d'un mystère que n'a pu percer M. H. Marcel, dans l'étude qu'il a consacrée à cet artiste*, et pourtant, si l'on en juge par les catalogues des collections qui se sont vendues dans les années qui ont suivi la publication du Voyage pittoresque, Hilaire était très recherché par les amateurs. Dessinateur très précis, maniant avec une égale facilité le crayon, la plume ou le pinceau, il avait subi l'empreinte de l'Orient ; personne n'a su comme lui rendre la douceur et le charme de la lumière du Bosphore ou animerFintérieur des maisons musulmanes et chrétiennes, les places des mosquées, les ruelles des bazars, de mille personnages aux costumes
1. H. Marcel, Petits maîtres du XVIJh siècle ; J.-B. Hilaire. Revue de l'Art ancien et moderne, septembre 1903.
J.-B. HILAIRE ISl
pittoresques, dans Texactitude du geste et la réalité de l'attitude. Aucun détail de la vie du Levant ne lui a échappé. Hilaire par un de ses dessins nous renseigne aussi bien sur les mœurs orientales que le Baron de Tott dans une page de ses Mémoires, et c'est autant par les compositions de cet artiste, que par le texte même de l'écrivain, que l'ouvrage de Mouradgea d'Ohsson paru en 1787, est véritablement le Tableau de l'Empire Ottoman.
Tout différent était le talent d'un autre collaborateur de l'ambassadeur.
Cassas venait de passer sept années à voya-^ ger aux frais du duc de Chabot en Italie, en Sicile et en Dalmatie. Pour mettre à exécution les projets qu'il avait formés au cours du voyage de Grèce et que ses fonctions allaient lui permettre de réaliser dans les conditions les plus, favorables, Choiseul-Goufïier rie pouvait trouver un meilleur collaborateur. Il obtint que Cassas abandonnât le service [du duc de Chabot pour passer au sien.
Arrivé à Constantinople avec son nouveau protecteur, Cassas n'y put séjourner que quelques semaines. La Poulette, l'un des deux bâ-