‹ Les peintres du Bosphore au dix-huitième siècleChapitre 5 sur 76 · Mercure de France, juin 1737, p · texte numérisé non relu

Mercure de France, juin 1737, p

3. A. Dinaux, Un artiste valenciennois ignoré (Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du Midi de la Belgique, 1844, nouv. série, V, pp. 453-456).

graphie nationale belge* sont les seules notices qui lui aient été consacrées. « Aucun tableau de cet artiste n'est parvenu jusqu'à nous », disent les auteurs de ces deux derniers articles. Nous avons été assez heureux pour retrouver un certain nombre d'œuvres intéressantes de Van Mour et pour recueillir quelques documents qui nous permettront de retracer rapidement la vie du peintre ordinaire du Roi en Levant.

Jean-Baptiste Van Mour naquit le 9 janvier 1671 à Valenciennes^ dans cette ville de la Flandre française qui s'honore d'avoir donné le jour à tant d'artistes célèbres ; son père, Simon, y exerçait la profession d'escrinier,

1, Biographie nationale publiée par l'Académie royale de Belgique, 1898, t. XV. Notice sur Van Mour, par Emile Van Arenbergh.

2. Nous devons à l'obligeance de M. Henault, archiviste municipal à Valenciennes, la communication de l'acte de naissance de Van Mour : Actes de l'état civil, reg. n» 62, paroisse Saint-Géry. « 9 janvier 1671 : Jean-Baptiste flls de Simon Vamour et de Marie Lebrun ; parin, Claude Lebrun pour et au nom de Jean Vamour, grand perre ; Marine, Marie - Jeanne Lebrun, tante. »

c'est-à-dire de menuisier d'art, et les comptes de la ville font souvent mention des travaux qui furent exécutés par lui ou par d'autres escriniers de sa famille. Comment le fils du menuisier de Valenciennes fut-il amené à quitter sa patrie? Aucun document ne nous renseigne à cet égard. A-t-il été l'un des élèves de T Académie fondée à Lille par Arnould de Yuez, et a-t-il pris le goût des choses de l'Orient aux leçons du maître qui aurait été, selon nous, le compagnon du marquis de Nointel et pourrait être le véritable auteur des fameux dessins du Parthéiion? Ou bien, les récits de quelquesuns de ces peintres flamands qui sillonnaient l'Orient au xvii^ siècle ont-ils enflammé son imagination? Les premiers ambassadeurs envoyés par l'empereur au sultan, les Shepper, les Rym, les Busbecq, étaient originaires de Flandre ; ils avaient emmené en Turquie des artistes de leur pays dont les traces furent suivies plus tard par d'autres de leurs compatriotes. Il ne serait pas étonnant qu'imitant cet exemple, le jeune Van Mour eût voulu, lui aussi, chercher la fortune sur les rives du Bosphore.

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Quoi qu'il en soit, nous le trouvons établi à Constantinople dès la fin du xvn* siècle. Mariette dit qu'il y fut attiré par l'ambassadeur du Roi, M. de Ferriol. Il est certain que c'est à Ferriol qu'il doit ses premiers succès.

Il y eut de tout temps à Constantinople des artistes dont le talent se bornait à dessiner et à peindre les étranges costumes que les voyageurs aimaient à rapporter en Europe comme souvenir de leur séjour en Orient. Pietro délia Yalle y avait trouvé en 1614 un peintre qui, à la vérité, n'était pas excellent, « car les Turcs ne réussissent qu'à peindre sur des cruches et des gobelets », mais qui cependant lui avait assez habilement composé « un livre de figures peintes où se voyaient au naturel toutes les diversités d'habits de toutes les conditions d'hommes et femmes de la ville* ». Cent cinquante ans plus tard, l'un des officiers français envoyés par Louis XYI, pour instruire l'armée ottomane, le lieutenant Monnier, se faisait faire pour une somme des plus modestes, par un artiste grec, une collection analogue '^

1. Les fameux voyages de Pietro délia Valle. Paris, 1661, 4 vol. in^o, t. I", p. 147 et 17S.

2, Journal inédit de Gabriel Monnier, officier du génie. Le

Il semble qu'à ses débuts dans la carrière artistique Yan Mour n*ait été qu'un enlumineur de ce genre. A la demande de M. de Ferriol, il peignit plus de cent petits tableaux représentant les costumes les plus intéressants de l'empire ottoman. Successivement défilèrent sous son pinceau le Sultan et les différents officiers du Palais, le Selictar « qui porte le sabre du Grand Seigneur », les eunuques noirs, les eunuques blancs, les pages peiks ou icoglans, et la foule des serviteurs, capidgis, chaouchs, baltadjis. Parmi ces fonctionnaires du sérail, quelques-uns n'étaient que de bien petits personnages, l'artiste s'excusait presque de les avoir dessinés : ils n'étaient là « que pour faire voir leurs coiffures et leur habillement ». A côté du Capitan Pacha, du Grand Vizir et des pachas de toute espèce, il avait montré les imans, les muftis et les cadileskiers dont « les turbans dépassaient en largeur ceux de tous les autres musulmans ». Les janissaires avec leurs multiples costumes avaient fourni

Recueil des costumes orientaux rapporté par Monnier est conservé, avec le Journal de son séjour à Constantinople, à la Bibliothèque de Bourg-en-Bresse, où nous l'avons vu sous le no 65.

une ample matière à son observation. Mais les Turcs n'étaient pas les seuls dont les accoutrements méritassent d'être reproduits; il avait fallu montrer les Hongrois, les Tartares, les Valaques, les Grecs, sans oublier les habitants des îles et les marchands francs qui, avec la longue robe orientale, avaient conservé le chapeau à corne et la perruque. Sans quelques costumes féminins la collection n'eût pas été complète ; aussi y trouvait-on, « de quoi plaire et amuser », nombre de dessins représentant, dans la rue, au bain, dans leur intérieur, jouant, fumant, dansant ou dormant, les femmes des différentes nations de l'Orient.

Dès son retour en France, l'ambassadeur avait fait graver cette précieuse collection. Jusqu'alors le public, dont le goût s'est toujours porté vers les images exotiques, n'avait connu de l'Orient que les dessins rapportés au xvi" siècle par l'Allemand Lorichs * ou par le Dauphinois Nicolay. Aucun des dessins des cos-

1. Le graveur Melchior Lorichs dessina et grava, en 1559, un plan monumental de Gonstantinople qui est un document singulièrement exact. Une édition de luxe, tirée à petit nombre, en a été publiée par M. Oberhummer, à Munich, chez l'éditeur Oldenbourg.

tûmes orientaux exécutés depuis n'avait été gravé. La Chapelle, le peintre qui avait accompagné M. de la Haye, n'avait, dans son Recueil publié en 1648% montré que des costumes de fantaisie. Les dessins rapportés par les peintres de Nointel s'étaient perdus ou étaient restés enfouis dans les carions de Lebrun^. Grelot, le dessinateur si exact ^, et les voyageurs hollandais, en général si bien documentés* n'avaient guère publié dans leurs relations que des vues de paysages ou de monuments. On en était donc resté pour les costumes aux illustrations qui accompagnaient les pérégrinations de Nicolay^ ou les différentes éditions de l'his-

1. Recueil des divers portraits des principales dames de la porte du grand Seigneur, tirés au naturel par Georges de la Chapelle, peintre de la ville de Gaen, à Paris, chez Antoine Estienne, imprimeur ordinaire du Roi.

2. D'après l'inventaire dressé le 10 mars 1690, on trouva aux Gobelins, après la mort de Lebrun, « 66 dessins de vues de Gonstantinople et habits étrangers. C'est un nommé Carrey qui les a donnés à M. Lebrun », (H, Jouin, Ltbrun, p. 738).

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