IM LES PEINTRES DU BOSPHORE
mençait à s'y faire connaître en donnant des leçons de peinture et de dessin. Mais c'était à l'ambassade d'Angleterre que l'on semblait rivaliser avec Choiseul Gouffier : l'abbé Sestini, que quelques mois de résidence chez le Comte de Ludolf avait déjà mis à même de faire sur Constantinople bien des observations curieuses*, y classait la collection de numismatique de l'ambassadeur, tandis que Mayer dessinait les monuments et les sites de la Turquie^. Voyageurs et savants trouvaient chez Sir Robert Ainslie un accueil aussi empressé qu'au Palais de France. Une tradition depuis longtemps établie poussait les gentilshommes anglais à visiter le Levant. Après lord Ponsonby à qui Liotard devait d'avoir pu faire ce voyage en Orient d'où il avait rapporté tant de si beaux dessins, après lord Baltimore qui en 1766 voyageait avec Francesco Smith, Sir Richard Worsley arrivait à Constantinople en 1786.
1. Lettres de M. l'abbé Sestini, écrites à ses amis en Toscane pendant le cours de ses voyages en Italie, en Sicile et en Turquie, traduites de l'italien. Paris, 3 vol., in-8, 1789.
2. Views in the ottoman Dominions in Europe, in Asia, and some of the Mediterranean islands from the original drawings taken for R. Ainslie by L. Mayer. London, 1810, in-fol.
Un architecte de talent, Willey Reveley, dessinait sous sa direction tous les monuments de la Grèce et de la Turquie et réunissait les matériaux qui devaient servir à la publication du Muséum Worsleianiim que quelques privilégiés seuls devaient connaître, tellement restreint était le tirage de ce livre dont l'impression coûta plus de 600 000 francs^
Moins exclusifs que Milady Craven qui, ne regardant pas Péra « comme un lieu fait pour un être sociable », sortait peu du palais de France, ces voyageurs, gens du monde ou artistes, se retrouvaient chaque soir, dans quelque salon d'ambassade ou de légation avec le personnel des missions diplomatiques et les membres des colonies étrangères. Les médecins italiens ^ Signor Girolamo Sardi, /( Milanais, chirurgien de la nation arménienne, qui a beaucoup voyagé en Asie et qui connaît depuis longtemps la ville de Constantinople », Anto-
1. Muséum W or sleyanum ou collection de bas-reliefs antiques, de bustes, de statues, de pierres précieuses, gravées avec les vues de plusieurs places du Levant prises sur les lieux dans les années 1785, 1786 et 1787. Londres, 1794-1803, 2 voL in- fol.
2. Sur ces médecins, voir Sestini, p. 57, 96, 313 et Mémoires du général baron de Dedem de Gelder (1771-1825) Paris, 1900, in-8, p. t4-56.
nio Nucci, familier du Capitan Pacha, le Florentin, Lorenzo Noccioli, dont une confidence de sultane devait causer la mort, ou Gaubis, qui vécut dans Tintimité de trois sultans, faisaient leurs offres de services, arrangeant les promenades du lendemain, promettant l'accès des maisons des quelques Turcs qui acceptaient alors des visites d'Européens, ou racontant des histoires de harems qu'écoutaient avec ironie les grands drogmans levantins, dans leur costume oriental « dont le kalpak, ou bonnet à quatre cornes, appelé par une dame espagnole Téteignoir du bon sens, n'était pas la pièce la moins essentielle »*. Telles toujours que les avait connues le Forésien Jean Paterne, secrétaire de François de Valois, duc d'Anjou etd'Alençon, qui a tracé d'elles un si piquant portrait dans ses Pérégrinations^^ les belles « dames grecques et pérotes franques », jouaient un rôle dans ces salons oii « des demoiselles bien lasses de l'être encore, n'ayant pour leur dot que leurs beaux yeux, les dardaient avec théorie
1. Tancoigne, Voyage à Smyrne, suivi d'une Notice sur Përa. Paris, 1817, 2 vol.in-12.