Dumesnil a publié dans son Histoire des plus célèbres
reçu ici, écrivait-il à un ami, avec d'autant plus de plaisir que le bruit avait couru que j'avais été assassiné par un parti d'Arabes ; et ce qui le faisait croire, c'est que j'étais dans l'impossibilité de donner de mes nouvelles et l'on avait écrit de tous les côtés pour savoir ce que j'étais devenu. » La Poulette l'avait conduit à travers l'Archipel à Alexandrelte, d'oii il avait gagné Alep. Revenu à la côte par Anlioche, il s'était embarqué pour Alexandrie. Mais la situation politique en Egypte étant alors trop troublée pour qu'il pût se rendre au Caire, il avait visité l'île de Chypre, d'où il avait été en Syrie et Palestine.
De ce long voyage, Cassas avait rapporté près de 300 dessins qu'il espérait pouvoir bientôt faire graver aux frais de l'ambassadeur; en attendant il les montrait autour de lui : après les avoir admirés De iem se décidait à accompagner en Egypte Fauvel, qui s'y rendait pour la seconde fois. Un autre artiste y suivait déjà
amateurs français (Paris, lSo8, 3 vol. in-8) la correspondance de Cassas avec Desfriclies. Plusieurs de ces lettres rendent compté des divers incidents du voyaue. Deux d'entre elles ont été insérées dans le Journal de Paris, n» 102, 12 avril 1787 et n» 109, 19 avril 1787.
les traces de Cassas. Entré, grâce à la protection de d'Angeviller à l'Académie de France à Rome, pour y achever les quelques mois qu'aurait eu encore à y passer un pensionnaire qui venait d'y mourir, Armand Caraffe* était parti un beau matin et son directeur, Ménageot, se plaignait que « de sgn chef et sans lui en rien dire », il eût entrepris « un voyage de cette importance ».
Au cours de ce voyage, Caraffe parcourait la Grèce, l'Egypte, les îles de l'Archipel, et il nouait à Constantinople des relations dont il devait se souvenir lorsque de retour à Paris et devenu l'un des membres les plus remuants du Club des Jacobins, il chercha à recruter des adeptes parmi cette société de Péra qui rendait alors aux étrangers le séjour de la capitale de l'Empire» infiniment agréable et intéressant ».
Les Turcs étaient à cette époque devenus
1. Correspondance des directeurs de l'académie de France à Rome avec les surintendants des bâtiments, t. XV (1785-1890)^ p. 245, 283, 293, 299-300, 307, 310.
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curieux des choses de l'Occident. Mehemet effendi et son fils Saïd, qui avaient en 1721 et en 1742 rapporté de leurs ambassades à Paris, le goût des beaux-arts, n'étaient plus une exception dans la société musulmane. Remzi- Alimet effendi s'était laissé fêter à la cour de Berlin en 1760 ; d'autres grands personnages se souvenaient avec plaisir du contact qu'ils avaient pris de l'Europe, et ce n'était plus seulement, comme sous Ahmed IIl, à des amusements, qui faisaient en quelques jours de la vallée des Eaux-douces une copie de Versailles, que s'intéressaient les Sultans. Mustapha III et Abdul Hamid P*^ trouvaient mieux qu'un divertissement à voir manœuvrer leurs soldats sous le commandement de M. de ïott ou sous celui du lieutenant Obert; ils avaient compris tous les avantages que quelques-uns de leurs sujets pouvaient tirer des leçons qu'étaient venus leur donner les officiers français : sous leur règne, les Turcs s'étaient instruits ; plusieurs d'entre eux étaient allés faire leurs études à Londres ou à Paris, d'où Ishac bey était revenu « réellement français par les sentiments et par le caractère » et on avait vu un grand
vizir, Halid Hamid, élever sa fille à l'européenne.
Le prince Sélim donnait lui-même l'exemple de la culture française. Petit-fils d'Ahmet III, fils de Mustapha III, il avait dès son enfance été attiré vers les Européens, comme ses trois sœurs, Chah sultane, Bekhân sultane et Kadîdja sultane ; cette dernière, connue sous le nom de Hadidjé, devait le jour à Adil Chah, esclave circassienne qui avait déjà donné au sultan, une fille, Bydjân, morte en bas âge.
En montant la rampe qui conduit à la Laleli si douce aux yeux par l'élégance et l'harmonie de son aménagement intérieur, on longe à gauche l'enceinte au milieu de laquelle repose dans son turbé, le fondateur de la mosquée, sultan Mustapha III. Ce sanctuaire, cher aux Osmanlis, — il renferme également les cendres de Sélim III, le réformateur, — est quelquefois fermé ; d'une fenêtre grillée, on peut cependant apercevoir à travers le feuillage, une petite coupole de fer artistement travaillé. C'est sous cet édicule que dort Adil Chah Kadin à quelques mètres du turbé du sultan. Dans la verdure, sur la stèle traditionnellement
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ornée de décors dorés de feuilles et de fleurs, l'inscription funéraire* semble ne rappeler au passant que les deux filles de la morte, Bydjân et Kadîdjâ, qui, en naissant, avaient donné à la circassienne un rang à la cour et le droit d'avoir sa tombe dans l'enceinte du turbé impérial :
Bydjan sultane, chasteté et innocence même,
Que Dieu prolonge ta vie autant que l'Univers !
De même à sa sœur Kadidja sultane,
Que Dieu accorde une vie éternelle !...
Toutes deux, filles pures et angéliques d'une même mère
Qui a quitté ce séjour pour celui du Paradis, -
Tant qu'elle reposera dans le Firdeos,
Jouissez d'une existence tissue de félicité, digne d'envie !
La date de son décès est tombée à point.
Adil Chah sultane repose maintenant dans le nid
[éternel du sublime Eden.
Le 7 Mouharrem 1182 (24 mai 1762) et les deux jours suivants, par des salves de coups de canon, des illuminations et des feux d'artifice, la population de Constantinople avait appris l'heureuse naissance de la princesse Kadidja. Seize ans plus tard, trois nouvelles journées
1. Nous devons à notre ami Issmet Bey, la transcription et la traduction de cette inscription.
de fêtes annonçaient ses fiançailles avec Seyd- Ahmed Pacha « haut fonctionnaire, digne de tout éloge ». Ce n'était guère qu'à l'occasion de ces réjouissances publiques auxquelles ils devaient prendre part, que les Européens avaient connaissance de l'existence des Princesses ; le nom de Kadidja allait pourtant bientôt leur devenir familier.
Les chroniqueurs turcs s'accordent à vanter lïntelligence et la grande culture de Kadidja ; ils la représentent comme la sœur préférée que Sélim, après être monté sur le trône, consultait sur les améliorations et les réformes qu'il projetait d'introduire dans son empire. Sa confiance était telle que, par une faveur exceptionnelle à une époque où plus que tout autre musulman, les parents du sultan vivaient confinés dans leurs palais, il l'autorisait à sortir librement.
Au cours d'une de ces promenades, Hadidgé sultane fut reçue par le chargé d'affaire de Danemark, M. de Hubsch, dans sa propriété de Bouyoukdéré. Les étrangers visitaient alors les terrasses de cette somptueuse villa, célèbre surtout le Bosphore, et ils s'y rendaient « avec
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d'autant plus de plaisir que les maîtres les accueillaient à merveille », justifiant par le grand train qu'ils y menaient le titre qui leur avait été accordé par l'Empereur de « Baron de Grossthal, ce qui est la traduction allemande du mot turc Bouyoukdére, grand vallon ». Séduite par les aménagements du Yali, autant que par la disposition des terrasses et des jardins, la sultane exprima le désir d'avoir un artiste capable d'exécuter les plans d'une semblable demeure. M. de Hubsch lui indiqua Melling.
Le palais de Hadidgé, Nebad Abad, était situé sur la pointe de Defterdar Bornou, dans ce village d'Orlakeuï, si connu alors par ses cultures de jasmin, dont les longues et droites tiges servaient à la fabrication des tuyaux de Tchibouks. Melling s'installa tout auprès, à Couroutchesmé ; en quelques jours, il s*était rendu indispensable, sachant satisfaire les moindres désirs de sa princesse. « Architecte, peintre, décorateur et jardinier, il démolissait, rebâtissait, détruisait et recréait sans cesse » * et M. de Butet, qui le vit à l'œuvre, put