Le tandour était un des sujets favoris d'Hilaire. Nous
il s'attachait en effet moins à la grâce d'une attitude, à l'adroite disposition d'une draperie, qu'au détail môme d'un costume, et il se fût contenté d'un mannequin pour modèle à condition qu'il pût le revêtir des mille accoutrements dont la variété faisait alors la joie des voyageurs et des artistes.
La (c marche du Sultan » était encore sous Sélim III une des occasions où le faste pouvait le mieux se déployer. Les voyageurs ont vingt fois décrit l'appareil dans lequel le souverain sortait de son palais lorsqu'il devait se rendre à quelque cérémonie : le capitan pacha, dans sa pelisse de satin vert, le grand vizir dans sa pelisse de satin blanc, portant tous deux le haut turban blanc barré de la bande d'or qui est l'insigne de leurs fonctions, ouvrent la marche entourés de leurs officiers et de leurs valets de pied, Tchaouchs et Tchoadars. Après eux vient le cheval de main du souverain, richement caparaçonné que suit le grand écuyer Bouyouk imbrohor ; c'est alors que se présente
possédons l'un de ces petits tableaux, peint pour Ghoiseul- Gouflier; un autre a été reproduit dans l'ouvrage de Mou radjea d'Ohsson.
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le cortège particulier du Sultan ; en rangs serrés, marchent les peiks, gardes du corps, dont le casque doré est surmonté d'un panache noir presque aussi haut que la hallebarde qu'ils tiennent à la main, les baltadjis, en habit rouge, avec leur bonnet de feutre en forme de cône, les icoglans, pages de toute espèce, et les chambellans ou capidgis hachis : derrière leurs immenses panaches, le Sultan est comme caché aux yeux de ses sujets ; trois personnages suivent toujours le souverain ; le selikdar aga, le tulbendar aga, le rekiabdar aga, portant l'un le sabre, l'autre le turban de parade et le troisième le tabouret brodé qui sert au sultan de marchepied pour monter à cheval. Enfin après le hasnadar aga ou gardien du trésor, qui jette au peuple par poignée les petites pièces d'or et d'argent, le cortège est fermé par le grand eunuque noir.
Melling ne manquait jamais d'assister à ce spectacle dont il demandait le commentaire à ceux des officiers de la sultane avec qui il était particulièrement lié. Alors que Cassas dans une gouache d'un très beau mouvement, se contentait de montrer le groupe imposant que for-
mait le Sultan au milieu desescapidjis-bachis*, Melling s'attachait à reproduire le cortège en entier. L'un de ses dessins a servi au drogman Tancoigne pour illustrer la description de la marche du sultan dans les solennités des deux Baïram qu'il a publiée en 1817^. Il en existe plusieurs autres, mais c'est à la gravure de Duplessis-Bertaux et Réville qu'il faut se reporter pour se rendre compte du soin avec lequel le peintre cherchait à grouper tous les personnages dont il avait remarqué les costumes. Autour du cortège, se presse la foule des Orientaux, Turcs de toutes robes et de toutes couleurs, Arméniens aux lourds bonnets fourrés, Tauscans ou Grecs des îles dans leur accoutrement léger avec le fez retombant derrière la tête ; les marchands circulent parmi les groupes qu'observent les janissaires. Quelques Européens, se tenant un peu à l'écart, regardent ce spectacle si nouveau à leurs yeux, et dont
1. Cette gouache que nous avons acquise à la vente Schefer, a été gravée par Levasseur pour le Voyage de Syrie.
2. J.-M. Tancoigne, Voyage à Smyrne... suivi d'une Notice sur Péra et d'une Description de la marche du Sultan, avec deux planches représentant le cortège du sultan d'après un dessin colorié de M. Melling. Paris, 2 vol. in-12.
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prennent leur part les femmes turques entassées sur l'estrade de bois, qui vient d^être dressée à la hâte pour elles. Personne ne connaissait aussi bien que Melling l'ordonnancement des magnifiques cortèges qui se déroulaient à l'intérieur du sérail, qu'il s'agisse des cérémonies traditionnelles de la paye des janissaires, de leur repas, ou d'une audience accordée par le souveraine un ambassadeur étranger. Le palais n'avait de secret, ni pour lui, ni pour son ami Jacob Ensle, de Rastadt, le jardinier en chef du sultan Sélim ; aussi était-ce auprès d'eux que Beauvoisins recueillait les renseignements à l'aide desquels il composait son Tableau de la cour ottomane^.
On recherchait dans les salons de Péra la société d'un artiste qui s'était fait parmi les Musulmans une situation aussi exceptionnelle et le ministre de Hollande chez qui Melling fréquentait, s'attendait à le voir bientôt devenir, grâce à la protection de la sultane Hadidgé,
1. Ponqueville, Voyage en Morée, à Constantinople, etc. Paris, 1806, II, p. 239. — Sur Melling et J. Ensle, voir la traduction de l'ouvrage de Beauvoisins, publiée en 1811 à Garlsruhe par Kessler : Nachrichtenitber den Hof des Tûrkischen Sultans.
intendant général des bâtiments de l'Empire ottoman*.
Les nouvelles des événements de France vinrent en 1792 jeter le plus grand trouble dans la société de Constantinople. Choiseul-Gouffier forcé par la nation française de résigner ses fonctions, avait fait précipitamment emballer ses collections et s'était enfui en Russie, à la grande indignation de Cassas : « Je n'aurais jamais imaginé, écrivait-il le 22 septembre 1792, que cet homme eût abandonné sa patrie et sa famille pour aller végéter dans les pays étrangers ». Ses rapports avec l'ambassadeur n'avaient jamais été très cordiaux, il souffrait de ne pouvoir publier sous son seul nom l'œuvre oii allaient être gravés les beaux dessins qu'il avait rapportés d'Orient, et il en voulait à son protecteur de la gloire qu'il lui dérobait. Il n'en avait pas moins vécu aux dépens de Choiseul-Gouffier qui, désirant a voir un correspondant toujours à l'affût des antiquités et des