‹ Les peintres du Bosphore au dix-huitième siècleChapitre 60 sur 76 · CASTELLAN · texte numérisé non relu

CASTELLAN

doyantes, ils étaient coupés carrément et tombaient droit sur les épaules. La coiffure n'était pas moins extraordinaire : bariolée de gazes brodées en or et en couleur, roulée en forme de turban, et surmontée d'une calotte rouge, à houppe, elle était enrichie en outre de beaucoup de diamants et de pierreries, imitant des fleurs, des papillons montés à ressort, et qui, au moindre mouvement, semblaient se balancer ou voltiger autour de son front. Elle portait de plus des pendants d'oreilles très massifs et une grande quantité de chaînes et de colliers, et ses mains étaient garnies de bagues.

Quant aux autres parties de sa parure, tels que châles, voiles, pelisses et ceintures à bossage, elle en était si fort surchargée, qu'il était presque impossible de démêler aucune forme. Qu'on se figure enfin l'immobilité parfaite de son maintien, le sérieux glacial de sa physionomie, et on croira que j'ai voulu représenter une de ces madones d'Italie que les dévotes revêtent de riches atours aux grandes fêtes. »

Les parisiennes qui, à cette époque, couraient à Tivoli ou dans les jardins d'idalie derrière l'ambassadeur de Turquie, Esseyd-Ali, et

pour attirer ses regards se coiffaient en turban et s'habillaient à l'odalisque S auraient été bien déçues si elles avaient vu dans ce portrait de Castellan de quelle manière s'afïlublaient à Constantinople les femmes qu'elles prétendaient imiter.

Mais il ne suffisait pas à Castellan dépeindre des princesses du Phanar ; sa réputation « avait percé jusqu'au sérail » où il se flattait d'obtenir « autant de succès que Gentil Bellin en eut dans le xv^ siècle auprès de Mahomet II ». Les circonstances ne lui permirent pas de faire le portrait du sultan Sélim III. Par un de ces revirements subits, si fréquents en Turquie, la Porte avait décidé que la compagnie d'artillerie légère que le général Aubert Dubayet avait amenée à Constantinople pour servir de modèle aux troupes turques, partirait dans les vingt-quatre heures. On profitait de l'occasion pour faire repasser en France Castellan et tout le personnel de la mission Ferregeau.

Le 6 juin 1793, ayant eu à peine le temps de faire ses adieux au « respectable M. Ruffîn, le

1. Maurice Herbette. Une ambassade turque sous le Directoire. Paris, 1902, in-12.

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