‹ Les peintres du Bosphore au dix-huitième siècleChapitre 61 sur 76 · CASTELLAN ET MANZONI · texte numérisé non relu

CASTELLAN ET MANZONI

Nestor des agents de France dans le Levant », à qui il était redevable d'une partie des connaissances qu'il avait acquises sur la Turquie, Castellan quittait Gonstantinople ; il débarquait quelques mois plus tard en France ; son camarade, Manzoni, moins heureux, était presque au même moment enfermé sur les côtes de la mer Noire, dans les prisons de Sinope.

L'expédition d'Egypte avait amené la rupture des relations entre la France et la Porte ; M. Ruffin était avec le personnel de l'ambassade interné aux Sept Tours ; et après avoir quelque temps servi de maison d'arrêt pour ceux des Français qui n'étaient pas conduits dans les forteresses d'Anatolie, le Palais de France devenait au lendemain de l'incendie de Péra qui avait détruit l'ambassade d'Angleterre , la résidence de Lord Elgin.

Le Palais de France avait perdu bien de son ancienne splendeur, quand après avoir passé trois années de captivité au Château des Sept Tours, M. Kuthn put en reprendre possession :

les salons où le comte de Choiseul-Goufïier avait avec ses artistes mené une vie si brillante, ne contenaient plus que quelques meubles dépareillés qu'un inventaire dressé au moment du départ de Lord Elgin énumérait avec complaisance ; mais la vieille maison avec ses murailles presque nues suffisait pour abriter les citoyens dévoués à qui était imposée la tâche de rechercher et de rapatrier leurs nombreux compatriotes enfermés dans les bagnes de Gonstantinople, dans les forteresses de la mer Noire ou relégués dans quelques lointaines villes de l'Anatolie. Il fallut aux membres de la Commission de secours organisée à l'Ambassade sous la présidence de M. Ruffin, fréter plus de 14 navires pour renvoyer à Marseille toutes les victimes qu'avait faites la rupture des relations entre la France et la Porte. Cette liquidation était à peine terminée que le général Sébastiani venait, sur l'ordre du Premier Consul, apporter quelques encouragements aux colonies françaises du Le^vant.

Melling fut l'une des premières personnes qui furent présentées à l'envoyé extraordinaire de Bonaparte. Le peintre de la sultane Hadidjé

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songeait alors à s'éloigner du Bosphore que troublaient de trop fréquentes révolutions; Sé- Ijastiani n'eut que peu d'efforts à faire pour le décider à s'établir à Paris. Bientôt en effet, muni des recommandations les plus flatteuses de M. Ruffîn pour le Ministre des Relations Extérieures, Melling partait pour la France.

L'Orient qui fut toujours si goûté à Paris y jouissait alors d'une popularité nouvelle; la campagne d'Egypte l'avait fait mieux connaître. Caraffe n'avait pas manqué de profiter de cet engouement pour exposer les dessins qu'il avait rapportés de son voyage. Cassas imitait son exemple ; quant à Gastellan, il faisait servir ses dessins à illustrer la relation de son voyage à Constantinople et en Morée. Pouqueville et Beauvoisins publiaient en même temps les impressions que leur avait laissées leur séjour au milieu d'une nation qui retenait alors toute l'attention du maître de la France.

Melling ne pouvait choisir un meilleur moment pour apporter ses dessins à Paris. Didot entreprenait aussitôt de les éditer et en attendant que pût paraître l'ouvrage dont un prospectus officiellement adressé par Talleyrand

aux agents du Ministère des relations extérieures annonçait l'intérêt, une médaille d'argent venait récompenser Treuttel et Wurtz qui avec Née pour les gravures, et Lacretelle pour le texte, donnaient aux Parisiens à l'exposition de l'Industrie française en 1806, la primeur des planches les plus belles.

Le Bosphore, que tant d'artistes montraient ainsi aux Français dans les premières années du xix^ siècle, n'avait plus pour l'interpréter à Gonstantinople môme qu'un seul peintre, l'ancien architecte de la compagnie du citoyen Pampelonne. Michel- François Préaulx était resté en Turquie alors que tous ses compagnons d'aventures s'étaient fait rapatrier, et ce dut être une bonne fortune pour le général Gardane que de l'y trouver en 1807 quand il se préparait à partir pour son ambassade de Perse. \^ctat du personnel publié par le général dans la relation de son voyage, ne mentionne pas, il est vrai, le nom de Préaulx parmi ceux des membres de la mission, mais il est cité dans le journal de Rousseau et dans celui de Tancoigne, et les Archives du Ministère des Affaires étrangères conservent un précieux re-

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cueil de dessins que le général Gardane remit le 27 août 1809 à son retour de Perse au ministre des Relations Extérieures, Champagny. La signature de Préaulx ne se retrouve que sur un seul de ces 40 dessins; mais il suffit de les feuilleter pour se convaincre qu'ils sont tous de la monie main; qu'il s'agisse de monuments (comme l'église de Nicée ou l'inscription d'Auguste à Angora), de représentation de costumes (comme les soldats du Nizam Djedid), de paysages (comme la vue de Tokat ou celle de Sultanieh), de scènes historiques (comme l'enterrement dans un couvent d'Arménie du capitaine Bernard, ou la réception de l'ambassade chez Tchapan-Oglou à Yousgat), on ne peut qu'admirer la facture aisée de ces dessins à la plume ou quelquefois légèrement teintés, d'une composition si variée et si vraie. Préaulx n'a certes pas été bien servi par les graveurs ; la vue de Bayazid reproduite par Jaubert dans son Voyage en Perse ne donne qu'une médiocre idée de son talent et si on ne le connaissait que par les planches des ouvrages d'Andréossy ou de Pertusier, on s'expliquerait difficilement qu'un amateur d'un goût aussi

éclairé que le comte de Choiseul-Gouffier ait recherché ses œuvres. L'ancien ambassadeur, rentré de l'émigration, avait fait paraître en 1809 le deuxième volume de son Voijage pittoresque de la Grèce et il aurait voulu avoir pour le troisième volume dont il préparait la publication, quelques vues d'Orient dessinées par Préaulx ; il avait exprimé ce désir à l'artiste le 4 mars 1810 ^

Je vous ai écrit il y a plus de trois mois, mon cher Préaulx, mais je ne reçois de vous, ni du baron de Hubsch, aucune réponse quoiqu'il soit arrivé néanmoins un assez grand nombre de courriers ; je crains que vos lettres n'aient été perdues. Je veux donc vous renouveler tous mes remerciements de l'attachement que vous m'avez exprimé dans vos dernières lettres et que je sais apprécier. Je désirerais, mon cher Préaulx, que vous voulussiez bien m'envoyer quelques calques des dessins que vous avez faits dans la Troade afin de les comparer aux dessins que j'en ai déjà et d'enrichir mon ouvrage de ceux que je n'aurais pas. Les moindres copies ont de l'intérêt pour moi et nous saurons en tirer parti. Il ne me faut que de simples traits et sur chacun deux lignes d'explication qui me feront comprendre quels objets sont représentés et d'où la vue a été prise.

Je ne sais si vous avez été dans la Chersonnèse ; il s'y trouve des objets dont je serai charmé d'avoir des croquis, tels que les ruines d'Eléonte et le tombeau de Pro-

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