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et détestable calcul! » Même le jour où la fortune lui fut acquise, il ne modifia guère, en effet, sa méthode.
Une peinture de la Collection Chauchard montre cependant, sous l'aspect le plus favorable, ses grandes qualités de coloriste et d'habile ouvrier. Nous voulons parler de cette rapide et charmante étude de femme couchée sur le dos, dans un vague paysage, ses deux mains ramenées sous sa tête renversée, une jambe repliée. La facture est grasse et large, l'harmonie est dorée et brillante, et l'œuvre, largement traitée, est d'une très réelle et particulière saveur. Cette peinture figura à la vente du comte Daupias (11 mai 1892), n° 112 du Catalogue, où elle est reproduite sous le titre : le Repos
de la Nymphe. Au reste, Diaz, bien doué, devait exécuter de brillantes et savoureuses
esquisses comme celle-là, qu'il affadissait souvent en amollissant les modelés et en maniérant les attitudes et les expressions. Deux autres toiles de la Collection Chauchard nous
montrent le peintre romantique agrémentant ses modèles d'ac
ssoires hétéroclites, qu'il collectionnait avec passion. La Magicienne et le Maléfice sont deux peintures où Diaz a pris prétexte de quelques contes orientaux pour nous représenter ici une jeune fille blonde, au torse nu, tenant de la main droite la merveilleuse baguette, en quoi il faut peut-être voir la Magicienne exposée par Diaz au Salon de 1846, ou la Sorcière qui figura, sous le n°27, à la vente L. F**, le 20 mai 1868; là, une jeune fille au costume oriental, écoutant les sombres prédictions ou les insidieux conseils de deux vieilles femmes qui l'entourent.
L'Orient n'a été pour Diaz que le prétexte à costumes pittoresques, à sujets sentimentaux. Il n'en est pas de même de quelques maîtres représentés dans la Collection Chauchard, qui se sont efforcés de faire revivre dans leurs œuvres les pittoresques et brillantes visions qui les avaient charmés là-bas. Delacroix a gardé toute sa vie l'enthou-
siasme pour la vie libre et brillante des Arabes, qu'il ressentit si fortement pendant son
voyage au Maroc, en 1832. L'existence de ces cavaliers d’un caractère sauvage et généreux, aux vêtements amples et colorés, aimant les chasses dangereuses, les chevaux fougueux, les longues chevauchées, les brillantes fantasias, évoquait pour lui la vie des anciens. Il conserva d'eux un souvenir si précis qu'il ne cessera jusqu'à la fin de sa vie de les représenter dans des toiles pleines de mouvement et d'éclat.
Le Louvre, si riche en œuvres de Delacroix, qui même possède de si importants tableaux inspirés par la vie orientale : les Massacres de Scio, les Femmes d'Alger, la Noce juive au Maroc, etc., auxquels sont venus s'ajouter, avec la collection Moreau-Nélaton, le Turc assis sur un divan, le Turc à la selle, les Musiciens juifs de Mogador et une Odalisque, ne possédait encore aucun tableau de chasse arabe. Pourtant Delacroix en représenta
souvent, bien qu'il n'eût probablement assisté à aucune chasse de fauves pendant son
séjour au Maroc : ses notes, du moins, n'en mentionnent pas, ce qu'elles n'eussent point manqué de faire, s'il lui eût été donné de participer à quelque spectacle aussi pittoresque. Le beau tableau de la Chasse au tigre de la Collection Chauchard vient, de la façon la plus heureuse, combler cette lacune.
Cette œuvre, datée de 1854, représente, dans une nature sauvage, sous une sorte de grotte de rochers, laissant apercevoir, à droite, les coteaux verdoyants et le ciel bleu d'Orient, un tigre, tapi parmi des plantes fleuries, bondissant sur le cheval d'un Arabe qui se renverse. Le cavalier, dans un très beau mouvement, quitte la selle tout en frappant de sa lance le fauve; deux autres Arabes, l'un à pied, le yatagan au poing, l'autre à cheval, accourent au secours du chasseur en danger. Cette scène pittoresque, pleine de mouvement et d’entrain, est peinte avec passion; les colorations en sont vives et fraîches, les mouvements justes, les accessoires brillants, et l'entrée au Louvre de ce tableau, qui figura aux ventes Weil, en 1856, Charles Blanc, en 1861, P. Crabbe, en 1800, et qui est mentionné, sous le n° 1081, dans le Catalogue de l'Œuvre d'Eugène Delacroix par Alfred Robaut, est tout à fait heureuse.
S'il ne possédait encore aucun tableau de chasse, le Louvre, depuis les legs Thomy Thiéry et Maurice Cottier, conservait d'excellentes études de fauves : le Zion dévorant un lapin, le Lion dévorant un sanglier de la collection Thomy Thiéry, surtout le Jeune tigre jouant avec sa mére, légué par M. Maurice Cottier, sont des œuvres puissantes et très caractéristiques. Pourtant le Puma ou Lionne guellant une proie, exécuté en 1859 (Catalogue Robaut, n° 1390), d'une si belle coloration, d'un mouvement si précis et si noble, sera certainement fort goûté au Louvre. L'histoire de cette œuvre est touchante. Delacroix ayant appris que Troyon venait d'acheter un de ses tableaux, la Barque du Christ, fut si sensible à cette preuve d'admiration sincère d'un confrère — il n'eut guère à se louer, en général, des autres artistes — qu'il lui offrit ce tableau du Puma. A la mort de Troyon, le tableau fut donné par sa mère à M. Robert, directeur de la Manufacture de Sèvres; il appartint ensuite à M. Van Marcke.
Eugène Fromentin n’a pas été moins fortement impressionné que Delacroix par le séduisant spectacle des cavaliers arabes, pleins de grâce, d’aisance et d'audace. Par la plume et par le pinceau, il nous a raconté la vie des chefs du désert de la façon la plus brillante et la plus évocatrice. Deux importantes peintures de la Collection Chauchard, la Fantasia et la Halte de cavaliers arabes, viendront s'ajouter aux Chasses au faucon, au Campement arabe,
— son dernier tableau laissé inachevé —,
à la Halle de cavaliers, aux Femmes égypliennes au bord du Nil que possédait déjà le Louvre, à quoi la donation Moreau-Nélaton avait ajouté
encore l’Enterrement maure, peint à Alger en 1853, et exposé au Salon la même année.
La Fantasia est un grand tableau nous montrant une nombreuse troupe de cavaliers arabes lancés au galop, gesticulant, brandissant leurs longs fusils, déchargeant leurs pistolets, devant un caïd impassible, à cheval sur une légère éminence, entouré, à distance, d'autres cavaliers. Le tableau est plein de mouvement, de désordre, de furie, d'impétuosité; il représente cet enthousiasme bruyant, tapageur, enfantin de ces races si exubérantes quand elles se départissent de leur coutumière impassibilité. L'œuvre est rare, car Fromentin se plaît habituellement à des sujets plus paisibles. La coloration en est malheureusement triste et grise et ne donne point l'impression de la lumière vive et brutale du soleil d'Afrique; elle a dû se modifier depuis l'exécution du tableau, en perdant une partie de son éclat.
La Halle de cavaliers, par contre, est d'une tonalité fraîche, lumineuse et gaie. L'harmonie est blonde, l'exécution légère et le sujet pittoresque. Ces groupes variés d'Arabes assis ou couchés, de chevaux et de cavaliers circulant dans une clairière, constituent des sujets que Fromentin excellait à représenter. Il connut l'Algérie par ses voyages de 1846, 1848 et 1852, où il parcourut de préférence les régions du sud, mieux protégées du contact de la civilisation européenne et ayant ainsi gardé une plus pure couleur orientale. Il n'en retint guère que le côté brillant, élégant, chevaleresque de ces populations nomades, bien qu'il ait dans quelques œuvres, comme le Simoun, ou le Pays de la soif, dont le Louvre ne possède encore aucun spécimen, évoqué les dangers et les terribles drames de ces plaines ensoleillées. Il a obstinément caché dans ses tableaux le côté grossier, barbare même de ces populations avides de liberté, d'espace et de soleil, mais à l'occasion cruelles et encore sauvages. C'est de l'orientalisme de bonne compagnie.
Le sentiment que Decamps rapporta d'Orient était d'une nature tout autre. De bonne heure, un goût particulier l'avait porté à représenter dans ses tableaux les humbles, les pauvres, les déshérités. Il avait parcouru la banlieue parisienne, le clos de Saint-Lazare, les buttes Montmartre et Chaumont, les coteaux de Pantin, les bords du canal de l'Ourcq, dessinant et peignant des mendiants, des Bohémiens, des Savoyards, des montreurs d’animaux savants, représentant même avec prédilection les pensionnaires souffreteux et malingres, couverts d'orip eaux pailletés de ces derniers. La collection Thomy Thiéry, qui a si abondamment enrichi le Louvre en œuvres de ce maître, nous montre quelques-uns de ces motifs : Mendiant comptant sa recette, les Bohémiens, le Singe peintre, le Rémouleur, etc. Aussi était-il naturel que dans son court séjour à Smyrne, Decamps se soit surtout intéressé à la vie humble et misérable des habitants, à l'aspect délabré des maisons, que revêt heureusement d'une parure claire et toujours neuve le soleil éclatant d'Orient. Jusqu'ici les
collections nationales, dans lesquelles le legs de M. Maurice Cottier avait fait entrer la