‹ Les pèlerinages de SuisseChapitre 13 sur 79 · DES MIRACLES · texte numérisé non relu

DES MIRACLES

Comme je lisais à un ami les premiers feuillets de ce livre, il me conseilla de ne point parlei- du miracle rapporté dans l'histoire de saint Bruno, ou d'y ajouter quelque note pour satisfaire ceux qui pourraient douter. Mais en vérité cela m'embarrasse beaucoup. Je liens à ce prodige, qui me semble admirable : et d'un autre côté que dire à ceux qui doutent, si ce n'est qu'ils sont bien malheureux? La résurrection momentanée du professeur Haymond Diocres a été vivement contestée et vivement afhrmée. Les preuves apportées de part et d'autre ont paru égales à la critique sévère des Bollandistes, ils n'ont admis ni rejeté le fait. L'Église n'a rien prononcé; mais la conviction de beaucoup de chrétiens est entraînée par un témoignage sérieux : c'est la tradition de tout temps existante dans l'ordre des chartreux, qui attribue à ce prodige la retraite de saint Bruno. Je suis, je l'avouerai, du nombre des chrétiens qui ne contestent pas un témoignage pareil.

Maintenant un mot sur cette question des miracles, puisqu'elle se présente. Je n'en jxirlerai pas en théologien , la science et l'autorité me manquent également pour cela; j'en parlerai en simple tidèle, et comme pourrait le faire le plus humble d entre nous. J'ai longtemps douté des miracles, et, maintenant que j'y songe, je ne sais vraiment pas comment je m'y prenais pour cela, car rien ne me par.iît plus facile à croire. {)\io\ de plus

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naturel et de plus conlomie à la miséricorde divine que ces éclatants prodiges qui viennent à de fréquents intervalles récompenser une foi vive, ou ranimer dans des cœurs bons et naïfs, mais faibles, la foi ébranlée? Dieu, dans sa bonté, se montre à tous selon qu'ils le peuvent voir; il ne se cache qu'à l'orgueil, le plus horrible des crimes, le père de toutes les impiétés; à l'orgueil, qui a créé l'enfer! mais le simple voit de ses yeux, touche de ses doigts, sent au contact de son cœur le maître qu'il veut servir et glorifier. 11 vit dans un miracle éternel. J'entends dire et j'ai souvent osé dire, hélas ! que si Dieu a fait des miracles, il n'en fait plus. Blasphème ! Dieu les prodigue, au contraire, autour de nous, devant nous, en nousmêmes! Seulement nous ne voulons pas les voir. S'ils se passent dans l'ordre moral, nous détournons nos pensées; s'ils se passent dans l'ordre physique, l'analyse, la chimie ou quelque chose que nous ne savons pas, nous en font bien vite raison. Pour nous tranquilliser à l'égard des uns et des autres, nous avons foison de professeurs et de behes paroles, d'heureux moyens, parmi lesquels, hasard, fatalité, magnétisme, ne sont ni les moins clairs, ni les moins concluants. Il y a des choses inexplicables que de fort grands savants aiment bien mieux expliquer par la confunuation du crâne que par la volonté divine. Le magnétiseur croit fermement que l'aveugle peut lire, que le sourd peut entendre, et que quelque chose y comme, par exemple, un iluide, ou tout autre ingrédient, peut mettre en communication inst;uitanée des individus séparés par des centaines de myriamètres. Mais parlez -lui des innombrables saints dont la foi a guéri les malades, dont l'esprit a traversé les espaces et les temps, il les mépriserait comme visionnaires, s'il n'inclinait à les estimer connue somnambules. De-

mandez-lui qui a fait le magnétisme, il vous répondra : C'est moi qui suis magnétiseur... Et toi, malheureux, qui donc t'a fait? — Sur le mystère immense de vos pensées, de vos passions, de vos révolutions et de vos œuvres qui se contrarient, sur la puissance qui vous pousse à ce que vous ne voulez pas, et qui veut en vous ce que vous pouvez cependant ne pas vouloir, questionnez les hommes les plus experts, les plus vieillis dans le monde, les mieux au courant des choses de la vie , ceux enfin qu'on appelle savants dans la science du cœur humain ; ils vous répondront qu'il y a deux êtres en vous. Allez le lendemain leur reporter ce que vous aura dit simplement un pauvre curé, que ces deux êtres sont l'esprit, qui entend la voix du bon ange, et la chair, qui veut obéir aux suggestions du démon, ils vous riront au nez. Ainsi toujours nous fermons les yeux, l'oreille et le cœur. Le coupable ne se réveille pas aux coups soudains qui le frappent, et s'étonne, sans le comprendre, de l'étrange insuccès de ses ruses les mieux combinées; l'ambitieux, parvenu au faîte et dégoûté de toutes les jouissances qu'il a poursuivies à travers tant de fautes, s'écrie : Vanité ! et ne songe pas à dire : Punition! Le faux sage, orgueilleux de son savoir, tombe dans l'abrutissante superstition du hasard, se repaît des sophismes les plus vulgîiires, et, trop aveugle pour se savoir aveugle , du haut de Sii tière intelligence il réclame ces miracles de la matière que le Ciel accordait à l'ignorance des peuples enfants. Mais Noire-Seigneur nuilti|jha les pains et les poissons aux simples qui croyaient et qui soulfraient ; il guérit parmi eux les paralytiques, ht parler les muets, délivra les possédés, ressuscita les morts,... et se tut devant Herode qui lui criait : Prouve-nous que lu es Dieu ! 0 chercheurs de miraclcb ! regardez donc ce qui se passe en

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vous! Si tant de faits et d'expériences, si le mond(î entier sondé dans ses profondeurs, si Tflglise et la foi depuis dix- huit siècles toujours debout, ne vous suffisent pas; si vos agitations, vos troubles, vos incertitudes, Hprès tant de recherches entreprises et tant de limites atteintes, ne vous convainquent pas ; si vous n'êtes pas entraînés par des lumières lointaines qui brillent toujours au bout de toutes vos négations, voyez à quel usage vous prostituez ce noble besoin de croire que Ilieu même a placé en vous; car l'càme est faite pour croire, comme l'œil est fait pour voir, et la main pour toucher : c'est sa nature, c'est son essence; l'homme n'y peut rien changer. Il peut avihr, abaisser, détourner cette faculté divine du cours naturel qui l'entraîne à Dieu; mais il ne peut rétouffer. Celui qui se vante d'être incrédule ment; il n'est qu'imbécile et lou. Nier, n'est pas »ne rien croire ; c'est , au contraire , [Tofesser la plus difficile , la plus impossible des croyances : c'est CROIRE A RIEN ! c'est croire comme l'huître vit. Certes, il y a là un bien redoutable miracle de la vengeance suprême, que l'intelligence humaine, qui peut ouvrir le ciel, entendre les anges et contempler Dieu , puisse ainsi choir en cette brutalité.

Ecoutez, si réellement il vous faut des miracles, ne faites plus comme ces pauvres mouches qui s'obstinent à vouloir traverser la vitre lorsque la fenêtre est ouverte , ne frappez plus les portes de bronze du sanctuaire avec le poing débile qui en tient la clef: humiliez-vous, devenez simples, et Dieu vous soutiendra comme il soutient les simples et les enfants, et il vous fera voir qu'il est Dieu. Quand vous aurez savouré le miracle de votre paix nouvelle, de vos joies innocentes revenues, de vos combats plus rares, de la main qui vous garde au bord des im-

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mondes abîmes où vous êtes tant de fois tombés, vous n'en demanderez pas davantage, tout vous sera expliqué, tout vous sera clair. Vous comprendrez jusqu'oii Dieu est bon à ceux qui l'aiment, et que pour sauver une âme pure, mais peut-être chancelante, pour déterminer une de ces vocations qu'il suscite afin de sauver durant des siècles des multitudes de pécheurs, il a bien pu rendre un instant la voix et la vie au cadavre du damné.

Seigneur ! ce n'est pas seulement à vos saints, ce nVst pas seulement aux âmes pures que vous accordez votre secours. Plus souvent encore ce pécheur vous trouve au détour des chemins sombres où il s'est perdu ; et , sans l'accuser, sans vous plaindre, d'une main cachant vos blessures, de l'autre le guidant, vous le remettez sur la voie. Mon Dieu ! quand donc saurai-je vous bénir?

Et vous, très-sainte Vierge, très-sainte Mère de Dieu, fAo'ûe du matin brillant que Tâme voit renaître au sortir des ténèbres du péché, soyez toujours sur nos pas et devant nos yeux. Nous voulons marcher sans nous égarer et snns faiblir. Cependant, sainte Vierge, du haut du trône où vous hi)norent les Anges, veillez sur nous et priez pour nous !

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